Les adresses à vivre 2

Publié le 9 Juillet 2019

Chapitre 2

La deuxième adresse est plus facile à visualiser. C'est encore une location, pas très grande, pas très riche et éloignée du centre-ville. Il faudra patienter avant de réussir à se faire un trou en ville. Je visualise les barres, posées çà et là, afin que chacun conserve un peu d'intimité. On se contemple, on se tourne le dos. On s'ignore. En tous les cas, on se connaît bien. Et de temps en temps, on se visite, les premiers tupperware à la main. Les enfants ont de petites tables accolées à celle des grands. Un paquet de chips et le tour est joué. Ce sont des rires et des larmes, des heures de sommeil volées et des petites dînettes tendrement serrées dans les mémoires. Les architectes n'ont pas encore pensé à la couleur pour rompre la monotonie et lutter contre la déprime. C'est plutôt sobre et ça vieillit bien. L'architecture polychrome réservée aux pauvres prendra toute sa force un peu plus tard. Mais pour le moment, les immeubles y échappent et ne s'en portent pas si mal.

Mon aire de jeux se résume à quelques étages que l'on franchit allégrement pour aller quémander du beurre ou une bouteille de lait, le jour des crêpes surprises. Parfois, je m’assois, les genoux serrés et j’écoute. Je reste dans l’ombre de la cage d’escalier, attentive au moindre bruit. En fin d'après-midi, je traine au creux des caves dans lesquelles elle étend le linge, pour ne pas nuire au « standing » mentionné dans la brochure de vente. Pour les jeux, un bac à sable, un toboggan et une paire de tape-culs. La rotation est rapide le dimanche, les jeudis, il faut attendre son tour. Elle m’y laisse de longues heures. On m'agresse, je me défends. Un caillou mal placé vient percuter une tempe. Je fuis. Je me cache. On me trouve. Je suis punie le jour du tour de France. Jamais plus les cyclistes. Un dégoût tenace à la bouche, piquée de larmes et de sanglots. J’aurai beau supplier. Ils se révèleront impitoyables. Ce jour-là, pas de pardon.

Rédigé par Fragon

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emmanuelle grangé 13/07/2019 12:49

zut... J'avais commenté il y a quelques jours, mais ça n'apparaît pas ou je n'ai pas validé. En résumé, je devais dire que les "on" étaient décidément impersonnels, qu'ils demandaient à être précisés...

Fragon 14/07/2019 08:56

J'y travaille depuis plusieurs semaines. Merci.