Publié le 18 Avril 2011

Si je ne pouvais faire mieux, peut-être pouvais-je faire autrement. Il était impossible que tant d’agitation ne menât nulle part. Les silences pesants n’équilibraient rien. Ils m’entrainaient là où je ne voulais pas aller. J’ai plongé mon regard par la fenêtre et j’ai inspiré un bon coup. Inspiré, expiré, inspiré, expiré. J’ai senti la peau de mes talons s’enfoncer dans la toile de mes chaussures et je me suis dit que je pouvais tenir encore quelque temps. Il me suffisait d’oublier ce qui m’entourait, il me suffisait d’accrocher le tangible. J’ai nagé au travers du carreau sale. Il y avait les feuilles d’un arbre en fleurs, un bout de ciel bleu et la plate-forme grisâtre où les chats, la nuit venue, hululaient à la lune en toute tranquillité. Moi j’aurais voulu hurler, mais dans la gorge ça restait coincé. L’arbre et ses feuilles s’agitaient, le bleu du ciel s’entêtait et à cette heure-là, les chats longeaient les murs, la queue basse. J’ai bondi dans le vide, les pieds vissés au sol. Ce n’était pas peut-être pas grand-chose, mais mes yeux y trouvaient la sortie salutaire. J’ai aspiré les couleurs au plus profond de mes poumons. Ça s’est dilué en un tableau impressionniste. Du bleuâtre et du verdâtre, un peu de jaune sans contour défini. Le soleil sur toute chose. Ma bouée de survie. Et inspire, et expire. Le regard poisseux  s’est insinué sans que personne ne s’aperçoive de ma disparition momentanée. J’ai flotté, libre, quelques secondes. Le bruit a cessé. La pression au creux du ventre, douloureuse, poignante, lancinante, s’est peu à peu effacée. Inspire et expire. Le sang s’est mis de nouveau à circuler. Plus rien n’a eu d’importance. J’étais moi, ils ne pourraient m’enlever cela et seul le flux animé comptait. Une âme. Vivante et palpitante. J’ai laissé la petite voix pénible pénétrer dans mon silence et me dire que j’avais dépassé le temps réglementaire. Je suis revenue à la réalité, j’ai tourné la tête et reflué dans mon quotidien. Aucune certitude de la cause de ce qui se trouvait devant moi. J’étais loin d’avoir gagné.

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Rédigé par Fragon

Publié dans #journal de bord

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Publié le 8 Avril 2011

 

 

J’aurais bien aimé écrire là-dessus. Oui, si je le pouvais, j’aurais raconté. J’aurais dit l’arrivée à 21 ans, le ventre comme une moitié d’orange, sanglé par la ceinture de sécurité d’un siège d’Air-Afrique. J’aurais dessiné avec quelques mots choisis le sourire radieux de la femme lumière. Peau de noir vêtue, elle m’avait susurré : « Vous n’allez pas nous le faire dans l’avion ? vous attendrez bien un peu ? Vous serez gentille avec nous, n’est-ce pas ?».

Dans mon ventre un bébé de sept mois qui avait pour destin de naître là-bas dans une toute petite clinique à dix lits. Dans la soute, une poussette-canne blanche, rouge et bleue. Elle deviendrait mon drapeau tricolore, ma carte d’identité, mon laissez-passer quand seule avec l’enfant-née, j’arpenterais les rues, un petit peu effrayée par ce que je découvrais, moi qui n’avais jamais quitté mon île.

Je tairai le fils né là-bas aussi et puis encore la toute dernière, petite et mal bricolée et qui serait sur cette terre plus aimée que nulle part ailleurs.

Non, je ne raconterai pas. Je laisse ça à d’autres qui ont comme moi le cœur gros et le stylo plus facile en ces temps où la haine commande toute chose.

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Rédigé par Fragon

Publié dans #Idées noires

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Publié le 6 Avril 2011

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J'ai rien à dire. Il y a trop de bruit partout. Ces deux-là ont le monde devant eux. Au détour d'une rue, la vie en mouvement. 

 

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Rédigé par Fragon

Publié dans #Poésie

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