Publié le 31 Juillet 2016

Repêchage 13

 

Je n'ai jamais entendu parler de cette histoire. Ma mère profère des paroles qui tournent en boucle mais elle ne raconte pas. Ses idées sont fixes. Les mêmes mots reviennent de façon lancinante. Personne ne la comprend, on ne l'a jamais aidée, tout le monde lui en veut. Je guette la suite avec fébrilité. Mais de nouveau, mon grand-père se tait. Il fouille sa mémoire, il fait remonter les images. J'apprends à attendre. Je m’entraîne. Le peu que je connais de lui, c'est que c'est un homme compliqué, sans cesse en mouvement et facilement irritable. J'ai vu pourtant en arrivant chez eux que c'est aussi un compagnon aimable et prévenant. Hier, il a posé sa main sur la tête de sa femme, sans aucune raison, par pure tendresse. Cette alternance entre emportement et impassibilité me perturbe. Nous traversons les allées pour rejoindre le parking. Entre les pommes de pins, un merle moqueur s'envole à notre passage. Le jaune de son bec imprègne ma rétine. Je sens un souffle au-dessus de ma tête. Je crois aux signes.

 

Ces jours-ci, il se fatigue vite. Ses gestes se ralentissent et ses épaules s'affaissent. Nous arrivons à la voiture. Je prends du temps pour réfléchir. Moi aussi, je suis lasse de sonder à vue entre ses silences sibyllins. La voiture s'engage sur le chemin du retour. Tout se fait en silence. Sa conduite se fait plus souple qu'à l'aller. Je fixe la vitre. Je classe ses mots tout en comptant mentalement les lièvres tapis dans les blés de juillet. Je me demande ce qui justifie de poser autant de questions. Il va croire que je m'attache à trouver des responsabilités. Je ne cherche que des causes. Malgré mon âge, je sais déjà que le pire, c'est quand il n'y en a pas. Et ça, je ne le veux pas. Je refuse que l'absurdité prenne le pas. La vie que j'ai réussi à me construire est en suspens. Je me tiens entre deux rives et j'ai le vertige. Je suis un caillou projeté en l'air. Mes pensées se forment comme autant de rebonds anarchiques.

Les kilomètres défilent dans un silence étouffé. J'étire mes jambes et me frotte les mains l'une contre l'autre. Je roule à des centaines de kilomètres de chez moi, assise aux côtés d'un homme muet que ma mère déteste. Une contraction involontaire me scie la gorge Je me sens très seule. Je m'endors.

 

 Le lendemain, il m'invite à venir le rejoindre dans son bureau et après avoir allumé son ordinateur, il affiche un arbre généalogique. Maladroitement, il met en place une situation et me propose un compte-rendu des faits. C'est une histoire de temps de guerre. Elle n'est ni unique ni originale. Il ne sait même pas si c'est vraiment une histoire d'amour.

Je me dois d'imaginer à quoi ressemble un couple dans les années quarante. Ils ont un enfant. Une petite fille d'environ cinq ans. Dans leur cuisine, on trouve peu de choses. Une table carrée, une nappe cirée, quatre chaises. Un buffet vert pâle en formica. J'aime bien le vert, quand il est pâle ou amande. C'est une couleur très douce sur laquelle toute forme de violence s'imprègne de façon sensationnelle. Les bols du petit déjeuner sont en terre émaillée. Quand on boit, il faut éviter les bords ébréchés dans lesquels les saletés se concentrent. Leur seul luxe est une tablette en marbre blanc recouvrant la partie inférieure du meuble. C'est la mode des rayures et des pois. Elle ressemble à toute les jeunes femmes de son époque, la jupe légèrement au-dessous du genou, la taille cintrée, la blouse rentrée dans la ceinture. Pour sortir, elle enfile une veste aux larges épaules, très ceinturée. Le dimanche, elle enserre ses cheveux dans un turban. Elle se déplace sur des semelles compensées. Une vie de tous les jours paisible. Quand la guerre éclate, il est l'un des premiers à subir le service du travail obligatoire. Il y reste trois ans.

Tout ce que mon grand-père sait se résume à cela. A son retour, ce n'est pas une petite fille mais deux qu'il aperçoit en franchissant la grille du jardin.

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Publié le 28 Juillet 2016

Repêchage 12

 

Je rêve beaucoup, souvent et les yeux ouverts.

Elles se trouvent toutes les trois sur la plage. Ma mère se tient sur la droite. Je ne vois pas son visage. Je calcule rapidement. Elle doit approcher les quatre ans. Elle est assise de trois-quarts, dans un tee-shirt blanc, le bras tendu vers le bébé dont elle semble caresser la joue. Elle porte un bracelet. Les yeux sont masqués par une paire de lunettes noires. Son front est barré par une frange coupée aux ciseaux comme une frise de papier. Les cheveux drus et courts glissés derrière les oreilles. Un minuscule anneau d'or à chaque lobe. Le pli imprimé dans la joue augure un sourire. Le bébé blotti au creux des cuisses de sa mère est hilare, les poings fermés. Au-dessus de son visage, une masse de cheveux noirs projetés vers l'avant qui rend la mère invisible. Deux êtres séparés et indiscernables. Le nouvel enfant se dresse au centre.

Je chasse l'image. Non, je ne peux pas réaliser parce que j'ai du mal à comprendre. Pourquoi prendre le risque de vivre une fois encore ce qui semble avoir été pour elle une porte ouverte sur l'enfer. Il réfléchit. Je perçois une hésitation. Il faut revenir plus loin en arrière. Il s'interroge sur ce que je sais ou pas. Il résiste. L'explication la plus simple prend le pas. Ce jour-là, il a la certitude qu'ils ont dépassé l'épreuve de la naissance de ma mère et que l'espoir revient. Ma grand-mère veut une famille. Ma tante est le résultat d'une commande, d'une logique arithmétique. Mon grand-père est celui qui dit oui ou non. Tout le monde ne peut pas en dire autant. Les derniers mots, il les prononce en fixant ses chaussures.

Je me demande si je suis moi aussi le résultat d'une commande. Je n'ai pas besoin d'attendre des plombes pour savoir que non. Je suis le troisième enfant. Une colle pour fixer les morceaux de mon écorchée de mère. Je ricane bêtement. Mon grand-père déteste qu'on lui rie au nez sans en connaître la raison. Il s'agite et hausse les sourcils. Toute cette douceur post-mortem me fatigue. J'ai envie de le secouer. Ce n'est pas gentil du tout. Mais je ne suis pas venue pour être gentille. Sous ma placidité, mes désirs se secouent et cognent contre les parois.

 J'ai compris la pauvreté et la fille unique, la simplicité et la chance que représente mon grand-père. Je l'imagine comme une enfant gâtée et chérie. Je me trompe. Il existe une sœur disparue qui porte le même nom de famille que ma grand-mère. Quand elle se marie, cette sœur n'est pas encore morte et elle vit quelque part. Ils ne savent pas où. Mon grand-père m'affirme avoir tout fait pour la retrouver. Ma grand-mère est une enfant de la guerre. C'est une enfant adultérine, elle porte le nom d'un homme qu'elle ne connaîtra jamais.

J'ai besoin de temps. Parfois, je relis mes notes et je les corrige. Fautes et tournures répétitives comme l'histoire que je raconte.

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Publié le 26 Juillet 2016

Repêchage 11

A l'ouest, le cimetière. À l'est, le soleil se lève à peine. Je reste silencieuse et les bras croisés. Depuis que je suis née, chacun y va de sa propre chronique. Ma voix en est l'un des échos sonores. Une fable très personnelle et discontinue. Je reconstruis l'histoire au travers du méandre de mes rêves et de mes déroutes. Je dégage mes cheveux et je plaque ma tête contre la vitre. Il se concentre. On parcourt une centaine de kilomètres. Sa conduite est nerveuse. Je sais qu'il affectionne les belles voitures stables et rapides. Il aime les Allemandes. Mais la voiture dans laquelle j'ai pris place est simple. Le confort et l'accessibilité sont devenus ses préoccupations majeures. Il a vieilli. Peu à peu, sa fragilité remonte en surface. Je le contemple les yeux mi-clos. Oui, la voiture est agréable et je n'y suis pas indifférente. Je glisse dans un demi-sommeil et me laisse porter.

On arrive dans une zone industrielle. L'aéroport est proche. Le ciel, traversé de cicatrices laiteuses, s'étend à l'infini. Il me suffit de cligner des yeux pour voir en pensée sourire en ce début de rotation, les pilotes aux lèvres serrées et aux idées paisibles. Mon grand-père prend quelques minutes pour retrouver l'endroit. Je m'approche.

Les cendres se présentent violemment compactées. On dirait une sorte de pierre bosselée, massive et aplanie par endroits. Tout autour, quelqu'un a disposé des galets. Il y a une tentative pour former un cœur. C'est grotesque. Le fou rire m'envahit. Je tente de le contenir en détournant la tête. Mon grand-père se tient devant l'arbre, la main droite posée sur la main gauche, en coque repliée. À quoi pense-t-il... Silhouette petite et trapue, immobile et pensive. Je me demande ce que je fais ici. Parle-moi d'elle. J'insiste. Je veux comprendre. Raconte encore.

 

Sahara Occidental. J'entrevois des paysages inconnus. La chaleur brûlante du jour dilate les peaux et enflamme les paupières irritées par les vapeurs des puits. Les hommes se serrent dans les nuits glaciales au cours desquelles les corps se rétrécissent. Tindouf. Algérie. 1956. Forage du puits Zemoul-1 (ZL-1). Indices d’huile dans les grès de l’Emsie. Amitiés viriles. Courrier postal. Lettres bleues sur papier avion. D'une finesse admirable. On pourrait les rouler pour en faire des cigarettes.

 

Les dunes forment des mascarets gigantesques qui barrent l'horizon. Certains jours, aucun souffle de vent pour apaiser les peaux fiévreuses. Au fil des semaines, le soleil corrosif arrache des soupirs de fatigue. Mais ils sont jeunes. Au matin, ils émergent des lits, frais et dispos. On alterne les forages d'exploitation et ceux d'exploration. On creuse pour trouver de l'eau. On creuse pour trouver du brut. Les têtes de forage s'activent. Un jour, l'eau remonte de presque mille mètres. C'est une eau fraîche comme une femme au sortir de la rivière.

 

En dehors des heures de travail harassantes, sans dimanche ni jour férié, le silence règne dans les « living quarters », on s'y épanche peu. Une fois par semaine, le camion de ravitaillement stationne à distance des derricks. Parfois, malgré les veilles minutieuses, il y a des accidents. Gare à qui se tient près du puits. Un grondement infernal et c'est une colonne de boue qui remonte à toute allure vers la sortie, sans que rien ni personne ne puisse contrôler sa force. Elle éructe en surface et se déverse à gros bouillons. L'air se charge d'une atroce odeur de gaz. Les cerveaux s'emballent, des cris retentissent. La boue de forage, trop légère a provoqué une explosion incontrôlable et mortelle. Les diesels s'emballent à éclater. Un colossal éclair balaie la plate-forme. La déflagration secoue le chantier, tout le monde accourt. C'est la mort. On rapatrie le corps, précédé d'un simple télégramme. Quelques mots - STOP – Ma grand-mère échappera au moins à cela.

Le sable emporte tout. Les rêves s'étirent paresseusement. Il patiente en fumant. Je l'imagine en short, torse nu, les mains gantées. Le livret de la caisse d’Épargne se remplit doucement, mais sûrement au fil des voyages. C'est dur. Mais ça paie.

La vie quotidienne s'améliore. Après la naissance de ma mère, ils déménagent. C'est une petite résidence. Un peu mieux qu'une HLM. Ma grand-mère est heureuse. Elle vit près de sa mère et elle a un chez-elle qui correspond à peu près à ce qu'elle peut espérer. Lui, il rentre trois semaines toutes les neuf semaines. Ma mère grandit sans trop de problèmes et la jeune accouchée se rétablit. Il précise. Dès le début de sa grossesse, elle est malade chaque jour. Vers la fin, son taux d'albumine extrêmement élevé a failli lui coûter la vie. Il ajoute encore. Elle l'a vraiment détestée cette grossesse. Elle l'a même haïe.

Je me demande si je dois croire les paroles d'un vieil homme. À la fin de sa vie, ma grand-mère haïssait sa mère, mais ma mère, non, ça, j'en suis presque sûre et je ne le crois pas. Et puis, la grossesse, ce n'est pas l'enfant.

 

Des images traversent mon esprit. Mes muscles se contractent. Fœtus expulsé. Pâle et transparent, parfaitement formé. Un garçon. Mon rêve me sidère.

 

Je n'ai pas visité beaucoup de cimetières mais celui-ci me paraît obscène. Je cherche à fuir du regard les fleurs qui se recroquevillent vaincues sous leur cellophane. Les plaques gravées et leurs confidences sentimentales beuglées en fausses lettres d'or me donnent la nausée. Les cendres laissées à nue sont répugnantes. Ma grand-mère ne peut pas être là. Notre déplacement ne sert à rien. Je hausse les épaules et après avoir saisi la main de mon grand-père, nous nous remettons en marche.

Ma mère est élevée par une jeune femme de dix-neuf ans dont le mari travaille au Sahara Occidental. Je me demande l'effet que ça fait de vivre ça. Je cherche à me rappeler les gestes de ma propre mère.

C'est loin et confus. Mes souvenirs se résument à ce qu'on a bien voulu me rapporter. Après la séance de naissance dans la piscine en plastique au milieu du salon, ma mère décide que je ne dois jamais être posée au sol. Elle apprend le portage et je reste collée à elle du matin au soir. La nuit, je dors dans le lit familial. Mon père est relégué dans la cabane qui protègent de la pluie les outils de jardinage. Ça dure quelque temps cette fantaisie. A l'âge de trois ans, elle me pose enfin à terre et m'oublie. Finie la maternité.

Je demande si ma grand-mère est maternelle. Mon grand-père grogne. A cette époque, on ne se pose pas trop de questions. Un enfant, ça se lave et ça se nourrit. Ça doit être propre et sentir bon. Ma grand-mère se débrouille tant bien que mal. Ma mère grandit, elle prend du poids, elle apprend à marcher. Il ajoute que les photos parlent d'elles-mêmes. Ce sont les premiers mois d'une vie dont il n'a aucun autre souvenir. Les larmes, les cris, les angoisses, il ne sait pas s'il y en a eu. Une famille, on gagne de l'argent pour la faire vivre. Il est fier de me dire que ma grand-mère ne travaille pas. Il le lui a promis le jour où ils ont décidé de se marier. C'est le cadeau élégant qui atteste son origine sociale. Il en crèvera de faim mais il ne le sait pas encore.

Pour l'enfant, on fait ce qui doit être fait et c'est bien comme ça. Un silence s'installe. J'attends. Il reprend. Quand il rentre, au tout début c'est souvent la fête. Ils sont jeunes, plutôt beaux et ils vivent au bord de la mer. Ma grand-mère est séduisante. Elle aime qu'on s'occupe d'elle. L'enfant est un accessoire. On la met dans le salon, le temps qu'il faut. Que pourrait-il me dire de plus ? Il accélère le déroulé des événements alors que je force mon imagination à projeter des représentations cohérentes. Il me faut aller chercher très loin. Je n'arrive pas à me représenter leur quotidien. Un jour, il se revoit encore en train de lire une lettre bleu pâle dans l'avion qui décolle sur une piste de fortune. Avec quinze jours de décalage, il prend connaissance d'une demande très particulière. Un enfant, elle veut une deuxième enfant. Est-ce que je réalise ?

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Publié le 25 Juillet 2016

Repêchage 10

 

Ma famille est comme la plupart des familles, une famille de théâtre. Les personnages entrent peu à peu en scène. Certains traînent des pieds. Ce sont de jeunes comédiens qui ne connaissent pas bien leur texte et aimeraient qu'on leur laisse un peu plus de temps. D'aucuns ne sont même pas volontaires et malgré le contrat qui les lie, ils ne souhaitent pas jouer la représentation. Ils m'enjoignent poliment mais fermement de les laisser tranquilles.

Ma sœur, mon frère, ma mère, sa sœur. Mon grand-père, ma grand-mère. Les parents de mon grand-père, ses tantes. Je compte sur mes doigts. Je dois encore y ajouter, la mère de ma grand-mère et la deuxième femme de mon grand-père. Je ne suis pas anglaise pour rien. Ce petit côté tragédie me fait sourire. Je suis jeune mais pas inculte. Tout n'est pas déroulé encore. Il y a dans les parois de la scène des portes coulissantes et dans les coulisses des costumes de rechange. La voix off, je m'en charge.

Ce matin j'ai demandé à mon grand-père qu'il m'emmène à l'endroit où ont été déposées les cendres de ma grand-mère. Il accepte. Il n'a pas besoin de l'accord de sa femme. Elle sait combien malgré leur séparation, il est resté attaché à ma grand-mère. Ils se sont écrits presque chaque jour pendant plusieurs années après leur violente séparation. Pas de longues lettres non. Comment ma grand-mère aurait-elle pu ? Non, de simples messages, courts, on pourrait imaginer des bulletins météorologiques.

Quand ma grand-mère est morte, ma tante a pris le soin de les supprimer de l'ordinateur de sa mère. Ça lui a pris pas mal de temps.

Je l'ai à peine connue. Je ne parle pas français. Pourtant, il me reste le souvenir aigu d'une dernière visite qui se termine avec les flics à la maison et ma mère enfermée dehors qui hurle qu'elle ne regagnera le domicile familial que lorsque ma grand-mère aura quitté la maison et repris le chemin du retour. Je ne peux m'empêcher de glousser. Comment a-t-elle pu lui faire un truc pareil ? Une fugue à 45 ans. Une crise en pleine rue. Cracher ainsi sa haine à la figure de sa mère. Elle me fait peur. Même si j'y suis habituée sa folie me dérange.

A la même époque, dans la maison près du pont de pierre, ça déménage aussi. Mon arrière grand-mère et mon grand-père se séparent des tantes trop encombrantes. On essaie d'oublier la guerre. Vingt ans ont passé. L'arrière-grand-père s'élève dans la hiérarchie. L’ascension sociale programmée s'accomplit. On empile sacs et valises. On commande un camion. Il brinquebalera de longues heures direction le sud-est. La nouvelle maison est en pleine ville, dans un encart naturel de pierres dont personne à cette époque ne veut. Emplacement historique où la nature est vierge et foisonnante. C'est un mazet traditionnel. En été, la terrasse se tache de raisins noirs. Pupilles écrasées par les pieds des enfants qui courent quand revient le temps des vacances.

Je me glisse sur le siège passager. On prend la route.

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Publié le 24 Juillet 2016

Repêchage 9

 

J'ai un peu froid. Je me retourne sur l'oreiller de crin. Les draps ornés de leurs monogrammes crissent dans la pénombre. C'est une nouvelle journée qui commence et je ne sais pas si j'ai le courage d'aller plus loin. Dans mon demi-sommeil, des sons inarticulés et plaintifs se superposent aux cris de ma mère qui, quand elle ne dort pas, abrutie par les médicaments, frappe du poing les murs de la maison. J'aimerais bien m'arrêter là. Chaque élément à une place. Le bébé dans sa couveuse, la mère couchée dans son lit, le grand-père au fond de son jardin, la grand-mère réduite en cendres sous un pin quelque part au bord de la mer. Mais les articulations criardes ne me conviennent pas. Les ombres se lèvent et passent devant la fenêtre toujours ouverte. J'écarquille les yeux, je saute sur le moindre son. Ce matin, les mots renâclent à se laisser prendre. Mon cœur s'agite. Je dois rester paisible et m'entêter. Je suis le fil.

Je n'en saurai pas plus sur la période couveuse. Même si je suis à la recherche de quelque chose, je ne veux pas blesser et je n'ai aucun désir de sentence. Je tisse quelque chose pour pouvoir me redresser et poursuivre mon chemin. Mon grand-père reprend sa confidence. Il réduit les événements. Il cherche à conclure. Il se fait lapidaire. Voilà pour les débuts de ta mère dans la vie. Silence.

Son départ de la maison près du pont de pierre a eu pour conséquence un arrêt immédiat des études. Versions et thèmes ont été relégués au placard. Les grands auteurs sommeillent au fond d'une malle sous le cliquetis d'une roue à aube. Désormais, il n'est qu'un simple col blanc. Les jours s'empilent les uns après les autres. J'interroge un peu. Je n'arrive pas à savoir s'il se sent déclassé. J'insiste. Je pose des questions. Il m'accorde quelques informations supplémentaires. Il est embauché dans une boîte de forages pétroliers. C'est le temps des vaches maigres. L'argent manque. Il n'a que trois cigarettes à fumer par jour. Il insiste bien. Tu entends, trois cigarettes, pas une de plus. Il demande à partir au Sahara Occidental.

Ça ne représente rien pour moi, ces trois cigarettes. Je fronce les sourcils. A cet instant, je sais combien je ressemble à ma mère. J'ai les mêmes yeux un peu proéminents, la même peau très pâle, le cheveu épais et raide. Mais l'enfant ? je lui demande. L'enfant ? L'enfant pousse tant bien que mal. Elle a des problèmes de santé. Sa vue est catastrophique. Cataracte et glaucome. Double peine. La cécité à court terme. Il faut réagir et vite.

 

J'ai mis une heure. J'ai l'impression de ne pas avoir avancé d'un pouce. La barrière me semble infranchissable.

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Publié le 23 Juillet 2016

Repêchage 8

 

Je fais un rêve. Dans le bois veiné de la table de la cuisine, une succession de trous comme percés à la Dremel ©. Ça ressemble à une carte au trésor. Alors même que je ne sais pas que je rêve, je m’affole. La table est gâchée. Les trous profonds. Le sillage bossu et sinueux.

Qui a pu faire ça ?

 

 

Le lendemain, je me lève en écho aux pas qui résonnent dans le salon. Les volets sont encore clos. Les fenêtres laissées ouvertes pour la nuit laissent passer une humidité presque automnale. Il a plu. Quelques fruits sont tombés à terre précocement pourris. Le cérémonial du matin est minuté et parfaitement chorégraphié. Le thé fumé, un Lapsang Souchong dans la théière de terre cuite. Pas de sucre. Un bol de céréales. Une cuillère en argent, pour le principe. On ne parle pas ou si peu. Je laisse le temps au temps. Je tente ma chance un peu plus tard alors qu'il me montre de nouvelles fleurs au fond du jardin. Il se met à remplir un grand arrosoir à la fontaine. C'est une grande fontaine en fonte, émaillée d'un vert profond. Il m'explique sa provenance. Il en est fier.

L'accouchement s'est mal passé. Ma grand-mère est dans un état lamentable. Une femme-enfant dépassée par les événements. Imagine. Elle n'a que dix-huit ans. Son imagination bridée se révèle incapable de mettre des mots sur ce qui vient de lui arriver. Il n'y a pas de cadeaux, pas de fleurs. Pourquoi y aurait-il des fleurs puisque l'enfant est suspendue dans un entre-deux-rives ? Ma grand-mère pleure. Elle ne sait faire que ça. Après le vert de l'éclipse, c'est le gris des journées de février. La pluie est froide, les bâtiments plongés dans une ombre malsaine. L'enfant est placée en couveuse. Il y fait chaud et humide. Le bruit est assourdi par les parois de verre. Les membres sont maintenus, la tête recouverte d'un voile de coton. On l'intube. C'est une machine à remettre en route. Mon grand-père est mal à l'aise. Il s'arrête près de la glycine blanche. J'attends. Le jour de la naissance de ma mère, il a pris une décision. Puisqu'il en est ainsi, il préfère que personne ne voit l'enfant, ma grand-mère en premier ; tout cela pour lui éviter une peine qu'il juge inutile. Ma mère reste seule dans sa couveuse. Ma grand-mère n'a pas le droit de la voir. Elle rentre donc chez elle. L'enfant reste, respiration saccadée, yeux clos fermés. Je me force à me représenter avec le peu que j'en sais, le début de ses souffrances. Le silence qui suit la confidence est un peu lourd. Mon grand-père essaie de croiser mon regard. Je me dérobe. Je n'ai pas envie de partager ce moment avec lui. Le sentiment d'abandon me submerge totalement. Il maugrée. C'est une grosse erreur. Il s'en rend compte aujourd'hui. Il cherche à se dédouaner. C'est l'époque, tu comprends. L'époque. Une jeune femme qui met 48 heures à accoucher d'une enfant presque mort-née et qu'on lui retire sans qu'aucun lien ne puisse se créer, ça se résume à ces quelques mots. Une époque.

A 950 km d'ici, ma mère dans ses draps tire-bouchonnés se retourne. Elle rêve en position fœtale qu'une main maladroite se pose sur son thorax bombé et la tapote d'un doigt d'une douceur inouïe.

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Publié le 22 Juillet 2016

Repêchage 7

 

RienLes jours passent, je n'ai pas beaucoup de temps. C'est une excuse que je me crée sans effort. Si je dépasse la ligne, je ne saurai rien.

Le cœur de mon grand-père palpite au ralenti. Sa peau pâle a pris la finesse fine du papier bible – légèrement translucide. Sa démarche s'allonge. Il passe beaucoup de temps à lire. Après les grecs, il se met au défi de relire tous les russes. Je n'en connais aucun mais je continue à l'observer et à me taire. Si les désirs rythment ses pensées, son corps l'oblige à l'arrêt plus souvent qu'il ne le souhaite. Il grogne de plus belle. Comment cette chienne de vie peut-elle laisser un esprit de jeune homme dans un corps de vieillard. Il peste. Sa voix tonne. Je me tétanise. La tempête retombe. Il s'assoit et écoute de la musique. Il va dans la petite chambre et fait un somme.

Quand j'atteins le fond du jardin, l'ombre me donne du courage. Le chat frôle mes jambes. J'aimerais savoir ce qu'il s'est passé. J'interroge en poussant du bout du pied un petit caillou pointu. Il se montre conciliant.

Mon grand-père rencontre ma grand-mère sur une plage. Elle a dix-huit ans. Elle vit chez ses parents. Elle est apprentie-coiffeuse. Elle passe le balai et fait les shampoings. Son avenir est radieux. Elle est fille unique. Enfin, c'est ce qu'elle lui dit. Toute vérité n'est pas bonne à dire. Mon grand-père se tait. Il part dans son passé. Il pèse ses mots. Je pousse le caillou un peu plus loin. Il présente des angles aigus qui pourraient blesser le vieux chat.

C'est la plus jolie fille du groupe. Une petite brune sexy. Les cheveux courts. Le short amène sur des cuisses ravissantes. Ils décident de se marier. Scandale. A cette époque, on hurle à la mésalliance. On lui refuse la bénédiction familiale. Ma grand-mère vit dans une seule pièce avec ses parents. C'est la fille d'un marin-pêcheur. Elle a passé son enfance en sarrau à manger des tartines de pain beurrées au gras. Elle est pauvre, inculte et n'a aucune ambition. Il sera Pygmalion.

 

Ma mère est née le neuf février. C'est le jour d'une éclipse totale de soleil. Tout est vert. Mon grand-père ignore si cela a pu avoir une influence sur la naissance, mais il l'a toujours pensé. L'enfant naît à sept mois et demi, elle pèse 1 kg 200 et tient dans une seule main, plus petite qu'un petit chat ! Elle est aussitôt placée en couveuse. Quelques heures après, elle fait une double hémorragie méningée. Le médecin tranche sans aucun ménagement. Elle a peu de chance de survivre et, de toute façon, si elle vit, elle sera idiote.

 

Il a plu cette nuit. J'ai fait des cauchemars. Mon esprit vagabonde. Je veux du lien entre les mots. J'ai peur de laisser voir mes pensées. En entrant dans la chambre, je sens quelque chose qui me gêne. Je soulève mon pied. Je dégage le caillou qui s'est coincé dans ma semelle. Incision caoutchouteuse douloureuse.

 

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Publié le 20 Juillet 2016

Repêchage 6

Mon grand-père dit que ma mère est folle. Il l'appelle sa conne de fille. C'est dit sur le ton du murmure s'il se trouve seul. Les coins de la bouche incurvés. Mais quand il a son public, il l'exprime avec véhémence. Donc, avec ou sans tendresse. Je le découvre alors que je lis allongée sur le transat dans le jardin. Les roses boursouflées de l'allée s'alourdissent. Je me tasse et m'immobilise. Il se tient dans l'atelier où il redonne de la vigueur aux vieux livres qu'il chine avec soin. La fenêtre ouverte laisse passer les bruits. J'ai déjà visité l'atelier. Les bacs à papier ruissellent d'eau. Elle forme un irisage bleu Ercolano. Je ne sais pas si j'aime mon grand-père alors j'écoute. Il dit qu'il ne comprend pas ce qu'il a bien pu lui faire. Il râle et hoche la tête. Elle est complètement con, cette pauvre fille. Je ferme les yeux. La détérioration des sentiments a bien une source. J'étudie les visages avec soin. Tout est lisse. Quand ma grand-mère est tombée malade, je sais que ma tante a cherché à entrer en contact avec ma mère. Les jours passent. Ma mère fait la morte. Elle se penche vers la table de nuit et prend son téléphone au moment où elle reçoit le message qui lui annonce la mort de sa mère. Je ne parle pas bien français mais je collectionne les mots. J'ai trouvé ça dans le dictionnaire. Forclusion. Il me suffit de modifier légèrement l'exemple. La demande de réconciliation doit être formulée, à peine de forclusion, dans le délai d'une quinzaine de jours à compter : − soit du 10 novembre; − soit de la date à laquelle les intéressés cesseront de bénéficier (...) d'un régime d'assurance maladie-maternité... Quinze jours pour réunir ce qui était désuni depuis plusieurs années . Ma grand-mère est morte le 2 décembre. Ma mère n'a pas bougé d'un pouce dans ses draps chiffonnés.

 

J'ai inversé les paragraphes. Cette nuit, j'ai bien senti qu'il fallait commencer à lâcher le morceau.

Mon grand-père arrive, je ne sais par quel hasard, dans une ville balnéaire du sud-ouest. Ma grand-mère y est née, ma mère et ma tante y naîtront.

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Publié le 19 Juillet 2016

Repêchage 5

 

Je ne suis pas très âgée et je ne sais pas encore ce qu'est un chagrin d'amour. Quand ma mère reste murée dans son lit, les yeux dans le vague, je passe devant sa porte sans même lui adresser un mot. Elle dort des journées entières, les rideaux mi-clos, les draps bouchonnés autour de ses cuisses. La nuit, des bruits traversent la maison, je sais qu'elle fixe l'écran de la télé, la télécommande en main, à la recherche d'une vie qu'elle n'aura pas. Je n'y suis pour rien. Je suis née au creux d'une piscine en plastique en plein milieu du salon. Mon père filmait, ma mère riait. Mon frère et ma sœur hurlaient. Cela n'a rien à voir avec la mélancolie. Il y a très peu à manger dans le frigo, juste ce qui nous permet de tenir, à elle et moi, depuis que nous sommes seules.

Dans la lourde maison près du pont de pierre, les murs épais ont beau essayer de calmer le cœur écrasé, mon grand-père ne sait pas très bien comment survivre à tant de déception. Il n'a que vingt-sept ans. Il tourne en rond plusieurs nuits. Ailleurs, dans une autre chambre, une femme se demande si elle a bien fait de rompre. Ses ambitions lui soufflent un air élastique et inodore. Elle ne peut trancher mais maintient sa décision. Alors, un matin, il se lève, ouvre l'armoire, empile son linge à la va-vite et descend dans la cuisine annoncer sa décision. Il cherche à se montrer superbe. Le voilà qui se met à déclamer pendant que les femmes s'affairent. Elles préparent une trâlée de tartes aux mirabelles. C'est la saison. Il épousera la première femme qu'il trouvera à son goût. Il suffira qu'elle soit jeune et jolie. Le reste, il tire un trait. Les femmes compliquées, raffinées et avides, il les laisse aux autres. Dans la maison, c'est l'étonnement général. Les mains s'immobilisent. Un peu de farine tombe au sol. On grogne, on murmure, on bougonne. On n'y croit pas du tout à cette résolution. L'audace est considérée comme éphémère. Certaines gloussent derrière leurs grands tabliers noirs. Il se tait et se maintient magistral au centre de la pièce. Le silence qu'il impose calme les écureuils qui s'étaient mis à tourner comme des fous dans les esprits des femmes. Elles se taisent à leur tour. Tout est dit. On pense que le temps fera refroidir la décision. L'odeur des mirabelles caramélisées se dissipe en direction des corsages d'été. On se met à table joyeusement. On hausse un peu les épaules. On trinque, on donne l'accolade.

On lui accorde un peu de crédit et on l'accompagne au train. Direction les bains de mer, ça lui changera les idées.

Je décide de changer de pièce.

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Publié le 18 Juillet 2016

Repêchage 4

 

Un doigt posé sur le verre, j'interroge poliment. Elle se tient au bord de l'eau. C'est un gros bloc de pierre à deux étages auxquels il faut ajouter une enfilade de combles. La carte postale est encadrée avec délicatesse. Ça résonne de cris d'enfants, une maison comme celle-là. Cavalcades dans les escaliers, hurlements de rire, cris de terreur. Alliances et stratégies de regroupements. Parfois, un des plus petits est mis en isolement forcé mais cela ne ressemble jamais à une quarantaine. Les séquestrations sont rares. Les enfants sont autant d'hirondelles qui se déplacent en ondes sinusoïdales. Même quand le père était revenu, les femmes avaient décidé de rester vivre sous le même toit. De toute façon, où auraient-elles pu aller ? Elles ont dépassé la trentaine. La tante Berthe approche la quarantaine. Ce sont des vieilles poules dont aucun coq ne pourrait se satisfaire. La France a besoin d'enfants.

Quand il revient de la guerre d'Algérie, les lettres ont été serrées dans un cuir de chèvre épais, retenu par une lanière rouge sang. La reprise est terrible. Les retrouvailles sont un échec. Fin du premier acte. C'est une femme de son milieu, une intellectuelle, une femme libre et belle. Je ne sais pas son prénom. Je pourrais le demander, on me l'accorderait peut-être. Au détour d'une question. Il n'y aurait pas de développement. Le silence retomberait aussi rapidement qu'il aurait été déchiré. Je crois bien avoir entendu ma grand-mère évoquer une photo mais cette maison est une forteresse et tout ce qui doit être invisible est férocement maintenu au secret. Je me contenterai de ça. Premier chagrin d'amour. La belle ne veut pas de lui. Effondrement sentimental. Il se replie dans une chambre au fond du couloir. L'abattement est profond, la douleur certaine. Les lettres échangées sont lues et relues. Il cherche entre les lignes ce qui n'a pas été dit, ce qui aurait pu être dit sans qu'il le découvre. Il pleure. Comme certains jeunes hommes un peu romantiques, il prend la décision qui nous permettra de venir au monde.

Le café a refroidi. Un vent de chaleur traverse le jardin. Les jasmins pourrissent sur leur pied, dégageant une odeur sucrée qui me donne envie de vivre et d'aimer. Le temps se dérobe. Ils sont presque tous morts.

Mon père adore la promenade des anglais. C'est un écossais qui ne renie pas le royaume d'Angleterre.

 

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Rédigé par Fragon

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Publié le 14 Juillet 2016

Repêchage 3

 

Quand il revient à la maison, il n'a qu'une idée en tête, partir. Il veut échapper aux tourments d'une mère à moitié folle. Une mère qui craint en permanence pour ses enfants sans jamais s'en occuper et en les maintenant à distance. L'ambiance est étouffante. Castratrice. Il veut de l'aventure. C'est un jeune homme de goût. Blessé, humilié mais auquel le pensionnat aura donné une soif de culture. Les aventuriers grecs se promènent dans son imagination, ivres d'espace et de liberté. Les belles lettres et l'humanisme, étendards qu'il aimerait ancrer dans son oeil. Mais les événements décident pour lui. Il est amoureux ? L'amour devra attendre. Il veut de l'aventure ? Il partira pour l'Algérie. Trois ans. Nouveau sujet tabou dont on ne parle pas. Ce qu'on lui a demandé de faire, ce qu'il a vu, ce qu'il a subi, silence radio. Le mutisme s'empilera sur les épaules des uns et des autres sans aucun mot pour alléger la charge. Tribut détestable, héritage pour génération amputée. Si moi, je ne sais pas grand chose, j'imagine que ma mère et ma tante ont pu être assez curieuses pour lire ce qu'il y avait à lire et pour essayer de comprendre. Les beaux souvenirs dans la maison, ça ne sera pas pour lui. Il les laisse à qui voudra les prendre.

La maison raisonne des piaillements des enfants. Je vais prendre un livre et m'installer au jardin. J'y vais doucement. Les trames se filent, la navette s'agite dans le bleu de l'été. Les nuages s'effilochent au-dessus de ma tête, créant un espace de protection pour amortir les chocs.

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Rédigé par Fragon

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Publié le 11 Juillet 2016

Repêchage - 2

L'effort de guerre a occasionné un renversement des rôles. Je ne sais rien sur cette période et je n'ai pas l'âme d'une chercheuse. Je reste donc limitée dans mes mouvements et le fil des événements de cette pré-histoire peine à se mettre en place. Ce que j'ai entendu dire, c'est que dans le chœur des femmes, une hiérarchie qui n'admet ni faute ni faiblesse envahit le gynécée. Au moment de partir, mon arrière grand-père leur confie les deux enfants. Les ventres affamés aiguisent leurs ongles et se mettent à convoiter ce qui doit être éduqué. Mon grand-père subit les jalousies et les désirs enfouis. Dans la famille tout le monde a un rapport étroit avec la couture. On passe maître dans l'art du brochage, de l'assemblage, du piquage et du raccord. On taille dans tout, les vieux manteaux et le cœur des enfants. On façonne, on assemble, on tort et on replie. On fait du prêt à porter. Trois ans passent. Comme la plupart des hommes de cette époque, le père rentrera et se taira. On enterre une fois de plus en silence. La nuit, ça chuchote dans les chambres à coucher. Mais une seule chambre est pleine. Un seul lit est habité. Les tantes appuient sur leurs ventres vides et se retournent dans des lits à une place. Le jour, les conflits tendent les fils et les doigts se crispent sur les étoffes. Des paroles blessantes fusent. Mon arrière-grand -mère, empêtrée dans l'organisation du quotidien tranche. Elle garde sa fille et envoie en pension mon grand-père sous couvert de le mettre à l'abri. Il a huit ans. Il part dans une confrérie religieuse. Il en gardera un souvenir aigu et révulsé . Il y crèvera de faim et de solitude, de mauvais traitements et de cruautés potaches. D'après lui, jamais personne ne pourra comprendre. Il crache sur cette époque qui lui a tordu les reins et l'aura dégoûté à jamais des ambiances masculines et soit disant viriles.

Les petits enfants dorment.

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Rédigé par Fragon

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Publié le 8 Juillet 2016

Repêchage 1

 

J'ai quinze minutes devant moi. Dans la cuisine, un cadre. J'ai 3 ans. La tête recouverte d'un chapeau de paille un peu trop grand, ourlé de cerises. C'est l'été. Le ciel bleu recouvre ma tête. Je ne suis pas venue dans cette maison depuis une dizaine d'années. Ils m'accueillent, chaleureux. On m'offre à boire, on me parle gentiment, on me prend en photo. Je vais avoir 18 ans le 9 août. Il y a des mots que l'on ne dit pas, des questions qui restent silencieuses. Je fais le tour de la maison. Je les connais si peu. L'ambiance est feutrée, l'atmosphère plutôt paisible même si je perçois que le moindre faux pas briserait l'équilibre. Chaque meuble est à une place choisie avec réflexion. Cela ne ressemble à rien de ce que je connais. Je laisse le bourdonnement des paroles derrière moi. Quel rapport mystérieux existe-t-il entre ma mère et eux ?

 

J'ai insisté. Il faut écrire quinze minutes. C'est le seul moyen de reprendre un peu confiance en moi. Trois ans de silence. Un peu chaque jour, cela devrait m'aider à contourner la difficulté. Mes doigts s'agitent et je sens déjà le désir de fuite qui m'envahit. Je n'ai fait que la moitié du chemin. Ça ne se bouscule pas au portillon. Je sais que je ce que je voudrais écrire est tout au fond, ratatiné, à vif, écrasé par l’inconscient en de fines couches, substrat indicible. Je ne sais par quel bout attraper ce qui voudrait bien se laisser saisir. La fenêtre ouverte est un appel à la dérobade.

Je ferme, c'est trop compliqué.

Je vais changer le point de vue. Il faut que je trouve une brèche pour m'immiscer sans faillir. Des ruptures comme autant d'incisions dans la pulpe d'un fruit. Ma mère ne veut plus donner son adresse. Elle a déménagé. Elle se cache sous l'ombre d'un point. Par déduction, on peut facilement savoir où elle s'est retirée. Mais elle m'a fait promettre de me taire. Je tiens promesse. La bouche légèrement tordue. Dans la cuisine, un autre cadre. C'est ma mère, le sourire éclatant. Les cheveux artificiellement bouclés comme ça se fait à l'époque. Je me demande à quoi ils pensent quand ils croisent le cadre. Ceux que l'on a aimés à un moment précis nous deviennent-ils vraiment totalement inconnus ? Je balaie du regard l'ensemble des portraits qui ponctuent le mur comme autant de cris sourds. Je cherche à relier les uns et les autres.

Serait-il possible que la source soit contenue dans une seule photo en noir et blanc ?

 

Je tiens bon. Je ne sais pas si cela va avoir un écho mais je tiens bon. Je parle dans le vide et je cherche à construire pour mieux vivre. Je ne tiens pas mes quinze minutes, c'est certain mais ce qui sort aujourd'hui sort plutôt vite et dans la nuit, je pense à la façon dont je vais pouvoir bobiner mes idées.

 

Ma mère a une vingtaine d'années sur la photo. Son rire partage l'arrière-plan en deux, légèrement de biais. Les couleurs sont pastels. Jaune très pâle et vert d'eau. Elle m'est parfaitement indéchiffrable. Je pense à ce qu'elle a dû vivre pour en arriver à ce qu'elle est maintenant. Loin d'eux, isolée, enfermée dans la lente répétition d'une douleur lancinante, incurable. La photo en noir et blanc, c'est son grand-père, mon arrière-grand père. Elle l'a à peine connu. Sa petite sœur encore moins. Elle doit avoir huit ans quand il s'écroule foudroyé. A peine aura-t-il eu le temps de mettre son chapeau au clou. En ce jour où ça bascule, il a la petite soixantaine. Celle qui te souffle dans l'oreille que tu pourrais commencer à mettre de l'ordre dans certaines affaires. C'est une vie plutôt rangée qui s'est affaissée au sol. Pourtant, c'est peut-être lui la source de tous nos ennuis. Un jour, il a été emporté par l'histoire. Celle qui vient chambouler ta vie avant même que tu aies pu lui donner ton avis. Il est parti travailler de l'autre côté de la frontière. C'était tout sauf un travailleur volontaire. Il va y rester un peu plus de trois ans. Pendant ce temps, les femmes de sa vie prennent le pouvoir. Il ne le sait pas mais cela va influer le cours de notre existence, cette prise de pouvoir en temps de guerre.

 J'ai pris de l'avance. Il y a en a un quelque part qui me pousse en avant. Juste comme ça, en me poussant un peu du bout du doigt. Je l'en remercie silencieusement.

 

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Rédigé par Fragon

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Publié le 7 Juillet 2016

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Elle est une parmi des millions. C’est une ombre qui va et vient derrière les fenêtres de la maison d’en face. Au début, je n’y ai pas vraiment fait attention. Mais comme je travaille toujours à la même place, un jour, j’ai senti un regard insistant. Je n’ai pas de rideaux à mes fenêtres. Je me tiens au premier étage, cela ne me dérange pas d’être vue. Il est donc facile de savoir ce que je fais. J’ai levé la tête, derrière la fenêtre de la maison d’en face une enfant m’observait. Je lui ai souri.

En retour, l’enfant m’a fait un signe.

C’est devenu au fil du temps un petit jeu silencieux. J’ai facilement accepté l’échange. Il venait rompre la monotonie de mon travail.

Dans les semaines qui ont suivi, l’enfant a cherché plusieurs fois mon regard et à chaque fois, en réponse, je l’ai saluée Je ne sais pas qui elle est. Une enfant de la famille peut-être. La maison est grande. C’est un gros bloc posé au coin de la rue. On peut presque en faire le tour complet. Je lui ai compté un peu plus d’une vingtaine de fenêtres.

 

Parfois, je ne vois plus l’enfant pendant quelque temps et alors son ombre me manque.

Un matin, c’est un dimanche. Alors que je travaille une fois de plus à mon bureau, je la vois enfin. La petite a exceptionnellement ouvert la fenêtre pour épousseter du linge et puis, un peu plus tard, elle a franchi la porte du jardin et elle est sortie sur le trottoir. Elle porte un petit tablier blanc à volant et une tenue coupée à sa taille, rose- à rayures blanches. D’où je me trouve, je lui donne une dizaine d’années. Je ne peux m’empêcher de sourire. Le balai dépasse sa tête et elle le manie avec application. Je suspends ce que je suis en train de faire et j’observe la scène cherchant l’adulte qui guide l’enfant.

La maison est très souvent fermée. Je ne sais pas vraiment qui en sont les occupants. Cela me paraît soudain beaucoup moins drôle cette enfant qui travaille un dimanche. Ici le travail des enfants est interdit. La loi stipule que même s’ils sont placés, l’employeur doit les scolariser la semaine. Une amende d’un peu moins de 50 euros est prévue en cas d’infraction à la loi. Comme je n’aperçois l’enfant que de temps à autre, je me dis qu’elle doit aller à l’école. Quelques secondes plus tard d’ailleurs, j’aperçois une autre jeune femme qui sort nettoyer le trottoir. Cela doit être sa mère. Je suis rassurée.

A la mi-décembre, la coutume veut qu’on offre des cadeaux aux petits enfants et qu’on fasse péter des pétards un peu partout dans la ville. Comme j’ai envie de faire plaisir à quelqu’un, je me dis que je pourrais acheter quelque chose à la petite sachant que sa mère n’a sûrement pas les moyens de lui offrir ce dont elle pourrait rêver.

Je farfouille un peu en ville et je lui trouve une belle poupée. J’empaquète le tout et je guette. J’attends longtemps, elle ne paraît pas. Je pars en vacances.

A mon retour, je reprends mon poste de travail et je veille. Enfin, de nouveau un dimanche je l’aperçois. Elle est en train de secouer d’énormes couvertures et retape un lit qui me semble un lit de géant à côté d’elle. Elle me découvre qui la fixe et son visage se fend d’un large sourire.

Alors que je m'apprête à lui faire le signe habituel, je la vois qui embrasse sa main et m’envoie un baiser. Tétanisée par l’émotion, je soulève mon paquet et essaie de lui faire comprendre que c’est pour elle. Je continue mes gestes désordonnés lui demandant de descendre.

Inquiète de savoir si elle m’a comprise, je suis des yeux son ombre qui se déplace derrière les vitres. Je dévale les escaliers. L’échange se fait en plein milieu de la rue. Elle ne parle pas un mot de français, je ne parle que quelques mots d’arabe.  Je ne l’embrasse pas, je ne la touche pas. Nous restons suspendues dans le no man’s land. Vite, je lâche un « labess », « chouf » et « cadeau ». Elle se contente de me sourire.

Elle est encore plus petite que son ombre, et paraît n’avoir en fait que six ou sept ans. Ses mains sont recouvertes d’exéma. Son corps est menu. Ses grands yeux lui mangent le visage.

En repartant, je ne peux m’empêcher de me dire que je fais n’importe quoi, qu’on va m’accuser de me mêler de ce qui ne me regarde pas, que ma volonté à vouloir faire plaisir n’est motivée que par mon incommensurable orgueil.

La nuit, je ne dors pas bien.

Un peu plus tard, alors que je stationne ma voiture devant la fenêtre, une très jeune femme que je viens de dépasser s’arrête au moment où elle va entrer dans la villa, me dévisage et me sourit. Cela pourrait être la mère de la petite, mais elle a l’air si jeune. Je me contente de sourire moi aussi. Nouveau baiser collé au creux de la paume de la main et léger envol de  papillon. On me remercie. Je suis remplie de joie, je n’ai donc pas mal agi.

 

Encore un peu plus tard, on m’informe que la femme que je croyais être sa mère n’est qu’une bonne supplémentaire, elle n’a d’ailleurs que dix-neuf ans. L’enfant n’a aucun lien avec elle.

 

Ce matin, alors que j’arrivais, l’enfant est venue et a sonné à la porte. La dame qui travaille chez moi l’a accueillie et a traduit tout ce que nous avions à nous dire.

Elle s’appelle Imène. Elle a neuf ans.

Pendant tout le temps où elle me parle Imène tient sa poupée sur les genoux.

Elle ne rend visite à ses parents qu’aux vacances d’été. Elle a cinq sœurs et trois frères. Elle va dans une école privée. Le soir et le matin elle fait le ménage pour ses patrons. Essentiellement du rangement dans la cuisine et dans les chambres. Si elle est là, c’est parce que une autre de ses sœurs qui a été placée ici avant elle, a tellement pleuré des jours durant qu’elle a été reconduite dans son village.

Imène est très jolie. Elle a de longs cheveux tressés et ce matin, elle est plutôt bien habillée. Pourtant elle ne porte que des sandales en plastique et ses pieds ont l’air transi de froid. Imène chausse du 33.

 

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Rédigé par Fragon

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Publié le 7 Juillet 2016

Je prends mon temps. J'ai mal à la tête. Je vais voir ce que je peux faire. Comme j'aime bien divertir et que je ris beaucoup... j'ai envie de rééditer ça (écrit en son temps pour les Impromptus littéraires)

Le vendredi soir, la mère préparait les sacs de couchage, les rechanges et la glacière.

A la fin d’une série de minutieux préparatifs, un gros tas de petites choses (très sérieuses et très bien agencées) prenait place près de la porte d’entrée. Alors, la mère s’en retournait vers d’autres occupations moins délicates et se mettait paisiblement à penser aux deux belles journées qui viendraient colorer sa vie.

Pourtant, chaque fin de semaine c’était presque la même chose. A peine tournait-t-elle le dos que des ombres furtives glissaient entre les murs de la maison. Dans une silencieuse agitation un ballet muet se jouait sur une musique inaudible, dans l’obscurité qui enveloppait le couloir familier. Chaque nouveau passage occasionnait un dépôt et par conséquent un léger accroc au gros tas bien ordonnancé de la mère.

À vingt heures, le plus petit y coinçait légèrement sa pelle, son râteau et un sac de billes en terre, couvrant pieusement le tout d’un seau écarlate retourné et posé de guingois. Trente minutes plus tard, les jumeaux envahissaient l’espace à leur tour. Les deux grands entassaient de concert leurs palmes noires cerclées de deux masques bleu-turquoise aux élastiques un peu durcis par le sel de mer, créant sur le seau du petit une protubérance disgracieuse. Le recoin paisible le dissimulait aussitôt. Deux heures encore et, le père avant d’aller se coucher se contentait de soupirer tout en poussant du pied le monticule pour y accoler la boîte d’hameçons et les longues cannes à tiges télescopiques.

Heureuse de ce qui se préparait, la famille, conciliante, au matin du samedi, transportait le tout jusqu’au coffre de la vieille voiture dans de grandes vociférations rieuses et de maladroites justifications (pour le seau du petit).

Il ne faut pas croire qu’il y avait quelque chose de luxueux dans cette possibilité de partir tout un week-end. Non, chaque fin de semaine, quelque chose de très simple se renouvelait. Ils traversaient la lagune et rejoignaient le bras de mer permettant ainsi à chacun des membres de se réinventer pendant deux jours Robinson de fortune.

L’endroit était une vraie merveille. Un cabanon de vieilles planches. Une bicoque surélevée sur un sable très blanc et aveuglant nichée entre de larges palmes vertes, d’un vert très tendre, ajourées comme des fibres de raphia teinté. Dès la moitié du parcours, elle se profilait au loin. Les plus petits hurlaient de joie.

On ne tenait plus en place, ça chahutait, ça criait, la coque tanguait et le père râlait pour le principe.

A l’arrivé, la mère décadenassait la porte grise et vérifiait si rien n’avait été chapardé. D’un regard aigu, elle repérait le brasero bricolé qui mettrait des heures à s’embraser, la poche d’eau douce qui se réchaufferait au soleil. On déroulait les quatre matelas protégés par des moustiquaires. Les araignées étaient chassées.

Au sol quelques paires de claquettes, au mur, accrochés à des clous, les maillots usés. Voilà tout ce dont ils avaient besoin.

Il faisait chaud. La mère s’entêtait bien à vouloir les faire se couvrir la tête mais elle abandonnait assez vite, personne ne s’en souciait. Les corps étaient tannés depuis longtemps. On ne craignait pas grand-chose. On pêchait à la traîne, on plongeait en apnée ou bien l’on se contentait de passer en rase-motte, tuba vissé aux lèvres au-dessus du fond sous-marin un peu inquiétant (toujours pour le petit).

Les enfants ne s’occupaient de rien. Les cahiers et les devoirs étaient oubliés, les lois furieuses qui allaient avec aussi. Deux jours d’entière liberté, deux jours accordés à la nature.

Le voyage commençait au moment où la petite embarcation se décollait lourdement du ponton. Les paroles étaient remplacées par le vrombissement du moteur de la coque en plastique. Tous inspiraient joyeusement l’odeur un peu enivrante de l’essence répandue en quelques gouttes épaisses sur le sol granuleux qui brûlait les yeux (sauf le petit qui plongeait dans les jupes de la mère, suffoqué par l’écœurante émanation).

 

Ce samedi-là, dans le bleu délavé, un calao transperça le ciel alors qu’ils embarquaient dans le bateau. Le cri étrange de la bête déchira l’espace et puis s’évanouit. La mère frissonna et vérifia une dernière fois qu’elle n’avait rien omis. Les gilets, la grosse bouée de sauvetage en plastique dur, l’eau si précieuse dès que l'on emporte des enfants avec soi.

 

Ce jour-là au retour, le bateau heurta un bille de bois qui flottait entre deux eaux. La mère, les enfants, le père, tous eurent à peine le temps de s’y accrocher que déjà le bateau coulait.

Les mains croisées et emmêlées à s’en griffer la peau, ils dérivèrent toute la nuit, chantant, riant, pleurant, le père distribuant régulièrement des claques au petit afin que ce dernier ne s’endorme pas.

Au petit matin, l’eau les rejeta exténués sur la plage.

Ils ne se donnèrent même pas la peine d’alerter les secours. Ils s’endormirent aussitôt les mains glissées les unes dans les autres. Sans musique. Il leur suffisait une fois de plus d’être vivants ensemble. C’était ça leur petite musique. Leur petite valse à cinq temps.

 

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Rédigé par Fragon

Publié dans #écriture expérimentale

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