décodage

Publié le 16 Octobre 2010

C’est quelque chose qu’il lui écrit comme ça, un jour, parce qu’il la voit se débattre. Il s’inquiète un peu pour elle. Entre-deux. Tu passes ton temps entre-deux, il lui dit. Elle prend ses mots et elle les mâche. Une liste apparait. Elle la parcourt. Elle balance. Un coup d’œil à droite et puis à gauche. En quoi serait-elle au milieu de quelque chose ? Elle voit les enfants qu’elle aime, les pays qu’elle traverse, le métier qu’elle voudrait quitter parce qu’il la lasse. Elle entend les soupirs de l’homme qui attend au loin. Soudain elle s’examine suspendue parmi toutes ces choses. Un peu plus tard, elle se réveille en larmes absolument tétanisée par la peur sournoise qui envahit son corps et son esprit. Toujours la même terreur, profonde, violente, incontrôlable. A un moment ou à un autre, elle va obligatoirement disparaître. Qu’elle soit en bonne santé ou pas. C’est son leitmotiv à elle. Sa boule étouffante, sa bouffée délirante. Elle pense que s’il dit vrai, si elle est vraiment entre-deux, il faudrait bien qu’elle se dépêche de rejoindre une rive. La vie ne lui permettra peut-être pas de revoir ses mômes, ses parents, et cet homme au long cours qui s’absente trop souvent.

Il lui dit entre-deux et elle voit des gouffres. Un risque permanent. Des dangers aux quatre coins des rues, des pièges dans chacun des jours qui s’annoncent. Au plus profond de son sommeil elle lutte de toute sa volonté, bat des bras et se réveille. L’oreiller est trempé. Tant de temps à être loin de ceux et celles qu’elle aime. Entre-deux ? Dans un certain sens, c’est vrai. Il n’a pas tellement tort. La vie se révèle un entre-deux. Un chemin entre le rien et le néant. Elle, elle se voit à l’intérieur, absolument seule et naviguant en toute conscience ou presque. Ça lui est difficile de concevoir un truc pareil. La disparition. Comment accepter que tout puisse se dissiper ? Un jour elle ne sera plus et ils ne seront plus. Dans quel ordre ? Elle prie pour partir la première. Si elle n’y peut rien, elle consent à céder à plus fort qu’elle mais qu’on lui fasse grâce du décès de ceux qu’elle aime. Un jour et puis un autre à avancer avec cette angoisse. Elle observe autour d’elle, tout lui semble normal. La mort est là mais elle se tient à distance. Elle guette. Les gens se hâtent, ils se poussent, ils rient et la dépassent. Elle se demande où sont leurs désastres. Elle, il faut se détacher, se préparer minutieusement, reprendre la respiration des jours anesthésiés. Elle a très peur la nuit.

Elle se répète qu’entre-deux ça peut signifier tout et son contraire en fin de compte. Elle pourrait être le cœur. Entre deux côtes. Le noyau, l’ombilic, la clé de quelque chose. C’est peut-être cela qu’il a voulu lui dire sans qu’il le sache lui-même. Elle est le pivot d’un tas de choses très fragiles auxquelles elle tient, seul le présent lui importe.

Rédigé par Fragon

Publié dans #Idées noires

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stipe 04/01/2011 16:29


en tous cas, en écriture tu n'es jamais entre le rien et le néant.


Fragon 06/01/2011 19:39



Bon, on pas s'étendre... si, docteur ?



hervé pizon 26/10/2010 10:08


la perception, la réalité.


Fragon 06/12/2010 19:45



oui, dans un certain sens.



Marcus K7 23/10/2010 18:52


Tes textes intimes sont toujours très vrais, très touchants.


Fragon 06/12/2010 19:46



No comment.