Histoire sans fin (2)

Publié le 11 Avril 2010

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Vu sous cet angle, évidemment, on pourrait croire que je ne t’aime plus. Ce n’est pas le cas. Je peux dire même que je t’aime sûrement bien plus qu’au tout début. Je te connais bien. Je sais les gestes que tu es capable de faire. Les infimes particules que spontanément tu m’envoies aux yeux comme autant de poudre soyeuse. Tu n’oublies jamais mon anniversaire. Tu me gâtes toujours autant. Ce n’est pas que tu saches choisir tes cadeaux. Non, c’est juste que pour toi c’est encore important. Alors, tu te lances dans les achats sans bien te rappeler ce que j’aime et tu flaires aussi les mauvaises dates, celles qui au fond de mon ventre me font croire que je me trouve sur un roulier chahuté par la haute mer. Sueurs froides des tempêtes que nous avons traversées.

Tu as vieilli. J’assiste à ta disparition en temps réel. Ton corps autrefois si beau, si musclé, si propre à l’amour, a depuis trop longtemps déjà lâché le morceau. Ton énergie, tu ne la consacres plus qu’à leur prouver que tu peux encore valoir quelque chose alors que moi je voudrais simplement que tu reprennes tes heures en main. Celles que nous nous gardions pour nous. Avares de nos envies. Pauvres parmi les pauvres. Riches de nos sueurs. De ton désir ancré dans mon désir. Je réalise que notre histoire ne semble devoir se poursuivre que sur la mort de l'un de nous deux. Un dernier épisode. Comme si déjà elle était empaquetée, étiquetée, presque archivée. Pas un jour ne se passe sans que tu me dises à un moment ou un autre que je suis une emmerdeuse. Une chieuse. Une vraie de vraie. Tu dis ça avec une tendresse qui t’alourdit les joues. Un bon gros truc que tu passerais ton temps à mâcher. Ce n’est pas méchant. C'est de l’ordre du constat. Je me demande comment on peut en arriver là avec tout cet amour qui existe entre nous, tous ces gestes que tu continues à faire quand tu as peur pour moi.

Rédigé par Fragon

Publié dans #Histoire sans fin

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J. 24/04/2010 21:01


Ce post-là est vraiment fort. Bon... avec les autres, en décidant de voir tout ça comme de la fiction (?), ça m'évoquait un genre d'état des lieux introspectif, quelque chose comme une annonce de
rupture, en tout cas de changement. D'où mes extrapolations ! ;-)


Fragon 25/04/2010 19:35



La fiction si tu lis les premiers mots renvoie au 20 ans passés ensemble. C'est une écriture constat, elle est sans fin.. des aller-retours... une histoire sans en être une...oui, c'est
fictionnellement introspectif. Je laisse faire.. t'inquiète pas pour tes extrapolations.. mais le but d'avoir dégagé de SDB c'était justement qu'on n'associe pas (SIC) ce qui est écrit avec une
imaginaire réalité !



hervé pizon 19/04/2010 22:36


oui...


le babel 18/04/2010 08:52


ah oui ce "méchant" dont on ne sais plus qu'il vient de "mal chéant", tombant mal. Placé ici avec une grande justesse : l'acte tombe mal, comme une vieille chemise...


Stipe 13/04/2010 12:22


ce texte me parle, me murmure, me hurle...


ruesinterieures.over-blog.com 14/04/2010 15:42



Bon, ben pas trop fort quand même... on pourrait t'entendre.



emmanuelle grangé 12/04/2010 11:16


Sais-tu comme Cela s'entend ? je te le dis.


ruesinterieures.over-blog.com 12/04/2010 23:56



M'ci. j'y vais cahin-cahan. ça s'appelle une convalescence peut-être ??