Histoire sans fin (3)

Publié le 12 Avril 2010

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Mais la peur ne suffit pas à lutter contre l’engourdissement.  Le temps exécrable semble  figer nos sentiments. Un encroûtement terrifiant. Une eurythmie silencieuse.  Une sédimentation sanguine. Un tas de globules incapables soudain de se coaguler. Hier, au cours de la nuit, je me suis une nouvelle fois réveillée. Mon dos tourné à ton dos, mon cœur oppressé. Enroulée sur moi-même. Seule à sonder la profondeur de nos intimités mystérieuses. Parfois nous nous endormons sans même nous toucher. Nous persistons à nier que le temps nous est compté. Nos mains s’empressent de musarder à d’autres activités futiles. Nous nous répétons que sommes fatigués. Expression lancinante pour justifier la raréfaction de nos contacts. Nos sexes dangereusement prêts à s’éteindre. Incapables de se déclencher sans qu’on les force un peu. Je rêve soudain d’une bouche qui me happerait. Je gémis sur ta force et ton désir autrefois insatiables. Je me remémore les promesses que tu m’avais faites et que -sans que tu le veuilles-  le temps t’a fait oublier. De joyeuses douleurs alors taraudaient nos muscles les plus intimes.

Pourtant, chaque soir, je persiste à te demander de te tourner vers moi alors que nous sommes tout deux plongés dans nos livres. Tu renâcles, tu rechignes, te plains du manque de lumière. Je m’indigne, bronche, te pince aux hanches et te réclame trois minutes. À regret, tu fais un effort surhumain et effectues tant bien que mal une légère torsion du buste.  Tu me concèdes ce que j’implore, sans bien comprendre l’importance que cela peut avoir pour moi. Alors que je crois avoir gagné le combat, mon esprit perçoit que c’est une fausse victoire. Tes yeux quittent le livre, et vaguement ouverts  établissent un semblant de contact. Mais que penses-tu à cet instant ? J’accroche ton regard. Trois minutes s’écoulent, silencieuses, déjà tu retournes à une position plus confortable. Nos pieds s’égaient dans les draps. Eux non plus - autrefois fixés amoureusement l’un à l’autre - ne se parlent plus depuis quelque temps. Quand l’un de nous décide d’éteindre, il se contente d’un rituel de mots polis, les mêmes que l’on profère aux petits enfants - « bonne nuit » - et voilà qu’il pénètre en sa vie intérieure.

Rédigé par Fragon

Publié dans #Histoire sans fin

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hervé pizon 19/04/2010 22:38


...


le babel 18/04/2010 08:53


pas le temps : je veux la suite


Stipe 13/04/2010 12:23


quand même les pieds finissent par s'ignorer, c'est qu'on les perd effectivement...


ruesinterieures.over-blog.com 14/04/2010 15:46



surtout quand on passe le temps à contempler le bout de son nez !