Histoire sans fin (4)

Publié le 13 Avril 2010

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J’ai pensé à ce que j’étais en train de faire. Je me suis dit que pour nous raconter il me faudrait une ligne directrice. Une ligne un peu cabossée. Une ligne qui ondulerait comme les courbes incohérentes des vagues au milieu de l’océan. Mais, j’ai eu beau chercher, retourner ma tête dans tous les sens, rien ne m’est venu.  Je n’ai rien trouvé. Rien qui aurait satisfait cette envie-là que j’avais de vouloir te noter.

C’est plus fort que moi. Mes mots n’ont pas d’ordre. Ils fonctionnent seuls dès que j’accepte de lâcher du mou. Ainsi, j’irai sans but défini. C’est l’urgence qui me pousse. J’ai l’impression tenace que nous n’en avons plus pour longtemps. Tu passes ton temps à me dire que tu vas mourir avant moi. Tu parles de notre futur sans jamais t’y inclure. Tu me prépares au pire, affirmant que c’est le meilleur qui pourrait m’arriver en fin de compte. Je serai à l’abri du danger, j’aurai de l’argent, je serai encore un peu jeune. Il me suffira de me pencher pour prendre ce qui s’engagera sous mon nez. Tu dis ça d’un air sérieux.  Je pense à ce que je suis et je me demande ce que tu entends par là. Combien de temps me donnes-tu ? 

Je te somme de te taire. Ta façon de fuir l’inévitable me glace le sang. Me connaissant tu devrais savoir que ça fait longtemps que je t’ai pris au mot. Je ne suis pas sourde. Encore moins aveugle. Je m’habitue. Je me décroche. Je me sépare de toi au cas où .  Terrifiée par toute forme d’abandon.

Parfois quand tu rentres tard, les minutes qui précèdent ton arrivée me servent à imaginer les gestes que je devrais avoir à faire si tu ne rentrais définitivement pas. Je me figure l’impensable. La disparition du corps que j’aime tant. Là, puis plus là. Fini, disparu. In-conservable. Inconcevable.

C’est ta chemise ouverte que j’ai vue la première fois. Je me tenais près d'une porte à t’attendre sans te connaître. Soudain, tu es apparu. Pressé. Un nuage de fumée à toi tout seul. Mon œil a accroché la blancheur de la toile fine sur ta peau cramoisie de soleil. Tes cheveux compactés par le sel. Tes yeux rieurs.  C’est sûrement très con comme image. Un pur cliché. Ce blanc sur ce brun. Cette ouverture tranchante où la main ne pensait qu’à une seule chose. Entrer sous cette chemise. Quel qu'en serait le prix à payer. Idée absurde. Je chavirai.

Rédigé par Fragon

Publié dans #Histoire sans fin

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emmanuelle grangé 24/04/2010 19:02


ta ligne directrice ? un amer remarquable en navigation.


Fragon 25/04/2010 19:32



Merci. Je tourne en rond.



hervé pizon 19/04/2010 22:41


c'est très con mais écrit. et si bien. avec justesse.


le babel 18/04/2010 08:56


Magnifique. Maîtrise des mots, de l'analyse, du rendu, et du rythme... On entend au loin, Barbara chanter "Quand reviendras-tu", Brel "ses vieux amants" et tant d'autres, mais ils sont plus loin,
sans redite, juste comme dans une fratrie, le tumulte des autres à l'autre étage...


Stipe 14/04/2010 10:40


je chavire aussi...


ruesinterieures.over-blog.com 14/04/2010 15:48



......... :)