Histoire sans fin (6)

Publié le 22 Avril 2010

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Ainsi à peine te découvrais-je que ma promesse s’étiolait, provoquant en moi un affaiblissement maladif. Jour après jour, je m’auscultais pour savoir ce que je devais faire. Tu devenais invisible. Il m’arrivait parfois de t’apercevoir de loin alors que je me trouvais moi-même inapte à t’approcher, à te parler. L’eau nous entourait sans qu’aucun corridor humanitaire ne vît le jour. Je mis six mois à recroiser ta route. Six mois à essayer de garder mon cap, accumulant en moi les faux-semblants, simulant les sentiments, prête à passer l’arme à gauche si la vie s’entêtait à vouloir nous en tenir là. Une malandre mauvaise me rendait peu à peu inutilisable. Bloquée à quai.

En fait, la sagesse dans un couple ne rime pas à grand-chose. Dès que le mot doit être prononcé, cet état est tout sauf naturel. La sagesse aurait un goût de forceps. Métallique, tranchant, excessif. Un outil pour expulser les pulsions contradictoires qui nous rongeraient les sangs. Un instrument pour anéantir  les tensions qui s’écharperaient en nous comme des furies et qu’enfin nous soyons vides et tranquilles.

Être sage équivaudrait à renoncer à vivre. S’assagir, à se ranger, à mettre des coiffes à plis tuyautés sur tous les désirs lumineux qui s’offrent à un moment ou un autre à notre libre arbitre. Je ne te dis pas que l’on ne doit pas faire de choix et s’y tenir. Je dis simplement que les choix ne sont pas sans date de validité. Ce sont les règles inventées par les hommes qui cherchent à nous faire croire cela. Pas de pérennité assurée pour les sentiments. Je pensais que la paix intérieure n’avait rien à voir avec la sagesse, elle n’était pas faite de renoncements, elle deviendrait le résultat de choix librement consentis.  J’avais la certitude que je ne serais jamais ni calme ni docile et que si je devais montrer de la réserve dans mes rapports avec l’autre sexe, ce serait simplement parce que mon cœur serait plein et comblé. Quand je t’ai connu, ce n’était pas le cas. Je m’épuisais à essayer de les bâillonner. 

Un jour, dans un avion, se tenait un peu en arrière de mon siège, dans l’allée centrale un homme plutôt beau. Un de ces hommes que la nature a gâtés, riches, séduisants et polis.  Un de ceux aux cous desquels les femmes aiment à se pendre. Exactement le genre de type qui me fait fuir. Alors qu’on s’apprêtait à décoller et que certains se mettaient silencieusement à prier,  il a passé quelques coups de fil. Il parlait fort inconscient du bruit qu’il générait et de l’aspect choquant que pouvait avoir son attitude extravertie. Sans le vouloir, je l’ai écouté.  La première fois, il a mis fin à sa conversation en l’embrassant et en lui demandant d’être bien sage. Le problème est qu’il a réitéré ses recommandations quatre fois à quatre femmes différentes. Oui, sage, n’est pas un mot que j’aime. Il a le goût du lien de cuir qu’on te glisse à la ceinture pour te faire avancer, de la corde de chanvre qu’on t’enroule au cou quelques minutes avant de te pendre. C’était fini pour moi.

 

Rédigé par Fragon

Publié dans #Histoire sans fin

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Commenter cet article

babel 01/05/2010 07:28


Il me faut mettre une alerte pour savoir que ce blog grandit, pour apprendre ses évolutions.
Passé, présent, passé : les temps se posent comme autant de linges pliés dans l'armoire.


Fragon 03/05/2010 11:42



Ben voilà c'est fait. Pourtant, il y a le lien de syndication non ?