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Publié le 22 Août 2014

Il faut que je me décide.

Chaque jour, je me dis qu'il faut que je me décide. Je devrais cesser de lire et d'acheter des romans. Je devrais me secouer et secouer tout ce qui m'empêche d'avancer. Envoyer valdinguer ceux qui me sucent mon énergie, ce qui me suce mon énergie. Alors peut-être je recouvrai(s) ma liberté. Peut-être, j'ai bien dit. J'ai commencé cet été par éteindre la radio. Anxiogène et destructrice du peu d'espoir que nous pouvons avoir. C'est bien - cette radio éteinte dans le coin de la cuisine-. J'ai pu entendre à nouveau les bruits du jardin.

Ceci n'est pas un texte. Je n'ai même pas fait de brouillon. J'ai eu du mal à retrouver mes codes d'accès. C'est une longue lettre ce matin qui m'a donné envie de sortir de mon silence.

Elle était tellement pleine de mauvaises nouvelles en tout genre que je me suis dit que moi, à côté de ça, mes états d'âme, je pouvais bien essayer d'en faire quelque chose de constructif et ainsi arrêter de me morfondre entre deux tâches matérielles et domestiques (que je lui avais mentionnées).

Bref...A défaut d'écrire, je continue à photographier.....C'est toujours ça qui me dit que je ne suis pas encore complètement à côté de ma vie.

 

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Rédigé par Fragon

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Publié le 2 Juillet 2013

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  Pour le Babel.

 

Les boutons d'or ont poussé leur tête au travers des barreaux de la chaise. Têtus, ils semblent la pousser à agir. Elle obtempère. C'est le printemps. Qu'a-t-elle à perdre qu'elle n'a déjà perdu ?

C'est un mercredi soir qu'elle part. Il fait enfin beau. C'est comme un encouragement. Quelques boutons légèrement rosés sont apparus sur sa peau. Ça la démange, elle n'y prend pas garde. Elle sait ce que cela signifie. Elle compense la peur à coups de sucre. Elle pense aux endroits où elle aimerait aller, aux gens qu'elle aimerait voir. A ceux qu'elle évitera farouchement. Elle devient de plus en plus sauvage, de plus en plus exigeante sous ses faux airs complaisants. Elle fuit de plus en plus souvent, tout et son contraire. Le regard haché d'ombres et de lumières. Le passage à l'aéroport se déroule sans encombre, comme elle l'a imaginé quelques jours avant. Elle arrive à l'appartement étranger. Tout est débranché. Elle cherche. Un chat miaule. Il miaulera d'un miaulement étranglé toutes les nuits que durera son séjour. C'est un drôle de bruit. Coincé entre deux notes. Le chat fait des va-et-vient entre les deux portes qui lui ferment l'accès aux chambres. Elle l'a dérangé dans ses habitudes. Il est décontenancé et le fait savoir. Le circuit d'eau est fermé. Elle se débrouille, se cale aux côtés de son compagnon de fortune. Toilettes de chat. Les odeurs et les bruits tour à tour distillent dans la mémoire des sensations familières. Au matin, elle traîne jusqu'au marché .

Associations de poissons et de fleurs. C'est comme dans la chanson. Les poissons dans l'eau des fleurs. Un petit taxi rouge et elle repart. Le long du front de mer, une ribambelle de statues de bronze. Elle regarde, elle trouve ça beau jusqu'à ce qu'elle réalise que les statues sont très critiques. Les mains sont tendues et crispées, les corps découpés, tranchés, écartelés. Devant les tables de bronze où sont posées des tasses à café, les chaises sont vides. Ça sent l'oppression. C'est un paradoxe. Ses yeux s'ouvrent et elle voit ce qu'elle n'avait pas perçu au premier abord. Comme quoi, l'art regardé avec nonchalance...

Elle s'éloigne, un peu troublée. Dans l'ombre minérale qui recouvre les trottoirs, elle se saisit d'une feuille de poivrier, la malaxe et la porte à ses narines. Ça sent le poivre rose. Elle s’enivre et répète le geste plusieurs fois. Elle s'approche de son quartier, glisse un œil dans la boulangerie. Un regard, un sourire. Le boulanger a teint ses cheveux. Elle s'éloigne encore et se rapproche sans être tout à fait sûre de le vouloir. Elle ne dépasse pas l'angle. Le cireur de chaussures a déserté la place. Qu'aurait-elle pu lui dire ? Elle n'a été qu'une flèche un peu gondolée propulsée dans le ciel. Elle a une pensée pour Imène. Elle non plus ne la reconnaîtrait sûrement pas. Elle est une ombre de sa mémoire. Les orangers sont là et les oranges amères sont plantées dans le safre comme autant de confettis. Elle recule et abandonne la place. Il ne faut pas pleurer. Les rires surnageront quoi qu'il lui en coûte. Dans la devanture de la pâtisserie, les tartes aux framboises ont pris des allures martiales. Elles sont désormais taillées au carré. Les rations se font rares. La pâte est loin de crouler. La langue s'étirera pour gober les quelques fruits piquetés de poudre blanche.

 

Sans qu'elle le veuille, la vie quotidienne s'empare d'elle. Elle n'a pas de mal à remettre ses pas dans les bons chemins. Elle longe le bord de mer, l'autre, le populaire. Elle cherche du regard les couples assis sur les rebords de pierre. Elle se rend au marché central pour déjeuner. Les poissons la tentent. L'accueil est comme toujours chaleureux. Mais très vite, le patron débonnaire se révèle autoritaire. Il malmène ses employés sous prétexte d'être aimable avec ses clients. Cette fausse bonhomie lui coupe l'appétit. Elle repense à ceux qui sont malhonnêtes ici et ceux qui n'hésitent pas à penser que certains hommes et certaines femmes sont des sous-hommes. La hogra lui soulève le cœur. Elle expédie son repas et part sans vraiment remercier. Elle poursuit son retour. Cubes parfumés, passementeries, fleurs et épices à faire brûler.

Soudain, une merveille de tapis l’immobilise. Elle hésite. Ce n'est pas le prix désespérément faible compte-tenu du travail que l'objet représente. Non, c'est plutôt l'idée qu'elle n'est pas venue pour cela. Le vendeur lui présente trois tapis différents. Elle pense à ce qu'on lui a raconté sur la liberté de la tisserande qui, au gré de ses émotions et de ses états d'âme guide ses mains agiles et trace les tons et les formes. Le marchand précise qu'il existe une vraie différence entre celles qui tissent pour la vente et celles qui tissent pour leur propre plaisir. Ce tapis qui lui plaît appartient évidemment à la deuxième catégorie. Elle aime ce qu'elle y lit. Reflet d'une vie en accord avec la sienne. Elle demande la permission de prendre des photos. La permission lui est accordée. Elle essaiera de les dessiner à défaut de les acheter.

 

Un matin, elle prend le train. Un aller-retour en première classe. Les vitres sont si sales qu'on ne perçoit qu'à grand peine l'extrême pauvreté des taudis qui jouxtent les rails du chemin de fer. On est pourtant en plein centre ville. Les premières classes n'en ont que le nom et l'espace tranquille qui va avec. La moquette rouge est crasseuse, les sièges sont tachés. Combien de temps et de voyages pour en arriver là ? Pourquoi s'entêter à recouvrir le sol de moquette ? Elle ne comprend pas. Oublie-t-on si facilement ce que sont les hommes ?

Qui passe laisse sa trace, aussi infime soit-elle. Chaque trace, une âme. Mal ou bien intentionnée au moment du minuscule saccage qui réduit le terme de première classe à une portion congrue.

Elle aime la gare. Large, aérée et aérienne, fleurie. Elle décide de ne pas prendre un taxi, elle flâne, longe le mur d'enceinte jusqu'au bleu éclatant de l'océan. Elle entre dans les ruelles aux murs bleus. Dans l'échoppe aux cartes postales, elle laisse son regard parcourir les quelques ouvrages de littérature et de poésie. Un prénom et un nom l'accrochent. Elle se rappelle vaguement quelque chose puis soudain, un sourire la prend tout entière. Bien entendu, le nom familier. Elle achète et serre précieusement l'ouvrage contre elle. Elle le lira le soir, pensant reconnaître des textes déjà lus sur le net. C'est un plaisir joyeux qui la réconcilie avec ce qui existe sans exister.

 

Elle s'arrête pour boire un verre. Une famille arrive. Le père, la mère et le fils. Chemises coûteuses aux initiales brodées sur la poitrine. Un bref échange animé laisse entrevoir un conflit. La mère n'est pas contente de l'emplacement choisi, elle s'éloigne, fait ce que chacun fait en arrivant ici à la recherche du meilleur angle de vue, le cadre est magnifique. Elle sort de son champ de vision. Elle entend sans le vouloir le père dire au fils « On s'en fout de la mer. Maman, elle a un problème, vois-tu. Si tu te mets là, elle voudra automatiquement être ailleurs. Oh ! Et puis, on s'en va, je sais pas ce qu'elle fout ! ». Le gamin doit avoir dans les onze ans.

En fait, elle pense que le père aurait pu dire tout simplement « on s'en fout de la mère ».

Elle décidera alors de terminer sa rêverie sur  cette image désolante d'un homme - étrange façon d'envisager les choses.

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Rédigé par Fragon

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Publié le 4 Janvier 2013

Les pieds détachés du sol...

L'âme légère, portée par le vent,

Mon corps en apesanteur

Savoir que je suis immortelle.

Simple non ?

Voici mon arbre à voeux.

Que chacun y attache un rêve coloré.

 

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Rédigé par Fragon

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Publié le 1 Novembre 2012

 

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Il lui faudrait accrocher aux branches du tilleul quelques tissus de couleur. Elle pense à cela. Un projet qu'elle n'a pas encore réalisé. Elle a vu ça dans un film. Ça se passait en Europe de l'est. Chaque nœud serait la trace d'une étape de plus dans leur histoire. Ou alors tout simplement un remerciement. Elle ne croit pas aux souhaits et encore moins aux prières. Elle passe son temps à rendre grâce. Merci pour le jour et merci pour la nuit. Merci pour le souffle et merci pour la force. Merci pour les enfants et merci pour les parents. Ruban de soie pâle.

Lui, il vieillit. Elle le bat au ramassage de bois. Elle le dépasse quand il faut aller vite et se saisir des bûches bennées à même la terre. Elle traîne à toute vitesse la brouette dans le bûcher. C'est lourd, ça lui fait mal mais elle fait deux tours alors qu'il peine à terminer le sien. Elle rit, le bonnet vissé sur les oreilles. Elle ne l'en aime que plus.

Son cœur palpite au rythme du sang qui lui coule dans les veines. Il lui tend la tronçonneuse. Il va lui chercher le taille-haie. C'est loin d'être excitant mais il choisit depuis quelque temps des outils pour elle. Plus petits, plus maniables. Elle veut bien apprendre mais très vite, elle se lasse et lui redonne sa place. Il n'est pas encore temps de prendre la sienne. Elle s'en moque. De toute façon, s'il venait à disparaître, dans une certaine mesure, elle disparaîtrait en même temps que lui. Elle n'aurait pas la force d'en décider autrement. Elle sait. C'est tout. Il reprend la main. Depuis longtemps l'amour n'a pas la même saveur mais elle sait que ce qu'elle vit est unique. Quand bien même cela ne serait pas réciproque. Peu lui importe. Elle a fait ses choix. Un ruban bleu suffirait à attester l'espoir qu'elle porte en elle.

Le trajet reste un trajet totalement inconnu. C'est le goût de la vie Les derniers gros chagrins la laissent enfin en paix. Elle se met de nouveau à savourer. Et l'amour s'entête. C'est un étrange parfum qui lui vient en bouche comme ce vin qu'elle a commencé à boire quand celui qui ne devait pas mourir est mort. Avoir attendu aussi longtemps pour découvrir une évidence. Les parfums dans sa bouche eux sont intacts. Elle n'a pas d'expérience. Jusqu'ici, seules les étiquettes l'avaient guidée. Elle déambule dans les rayons et maintenant elle essaie de savoir ce que donneront ses choix. Elle scrute, soupèse, regarde en transparence. La confiance lui vient peu à peu. Elle nouera un ruban de soie violette.

Les vacances la reposent. Le reste du temps, ce n'est qu'une succession de matins aux collerettes sombres. Elle fait quelques pas dans la nuit et tend sa carte de transport. Ce n'est presque jamais le même conducteur. Elle traverse l'allée sans que son regard ne s'arrête en particulier. Une femme porte son enfant dans le dos. La plus jeune de ses enfants repose dans la poussette. Ses couettes finement étirées n'ont pas dû être défaites depuis plusieurs jours. Elles tire-bouchonnent autour du visage endormi. Il lui faudra attendre dimanche. Une femme plus âgée est toujours glissée face à la paroi qui la sépare du conducteur. Elle n'a aucune visibilité. Son regard se heurte à un panneau publicitaire. Il lui faudrait se dévisser le cou pour avoir une vue générale de ce qu'elle traverse. La chaussée luisante lui est inconnue. Un peu plus loin toujours les mêmes regards. Un homme baisse la tête. Il descendra au prochain arrêt. Une femme monte bardée de sacs. L'un d'entre eux contient son repas. Il est six heures trente du matin et elle se demande ce qu'elle pourrait bien avoir préparé. Elle pense au vin qu'elle boira avec l'homme qui l'attend.

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Rédigé par Fragon

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Publié le 10 Mars 2012

-         Est-ce que vous aimez l’été à Paris ?

C’est une question banale. Celle que Marguerite vient de poser à François sous l’œil impassible de la caméra. Une question que je viens d’extraire au hasard des couloirs abandonnés de l’INA. L’entretien commence par une question sur l’amour de François sur l’Afrique. Marguerite a le sourire. Elle se tient les bras écartés, les mains posées sur les hanches. Son sourire est radieux . Nous sommes en 1986, dix ans avant sa mort. Elle a 72 ans et ça ne se voit pas. Elle irradie d’espièglerie et d’une certaine façon, de séduction. Pas de doute. Il lui répond en contournant sa question et la renvoie à ses premiers cours de collégien. Elle le relance. Il cède.

J’ai relu le Barrage et de fait ça m’a donné envie de revoir son visage. Celui de l’adolescence.

J’ai le vague souvenir d’une vieille femme crapaud, telle que les manuels de français s’escriment à nous la montrer. Les adolescents qui cherchent à mettre un visage sur un nom sont rares. Ce qu’on leur montre, ça devrait être interdit. Les manuels parsemés de notices biographiques ressemblent à des chroniques nécrologiques. A vous dégoûter à jamais de la littérature et de ceux qui la font.

Pourtant sur la vidéo, sa bouche est lumineuse. Ses lunettes n’arrivent pas à cacher ce qu’elle a été. Je fouille les archives. Je tombe sur une autre interview tournée en 1966, soit trente ans avant sa mort. Elle se tient droite, élégante, une cigarette à la main. Terriblement belle et altière.

C’est un samedi pluvieux sur Nantes. Un peu froid. Un samedi où même le chant des oiseaux et les manifestations que j’ai croisés ne m’ont pas donné envie de rester dans les rues. J’ai pris quelques photos et puis je suis rentrée.

Moi, est-ce que je pourrais répondre à sa question ?

L’été à Paris, j’y ai sûrement passé quelques journées.

Des souvenirs de mains sales et de barres de métro poisseuses, de bouteilles d’eau minérale ridiculement petites à un prix exorbitant, d’arnaqueurs au jardin des Tuileries qui font tomber des bagues de pacotille afin d’embobiner les touristes. Je vois des rues vides plombées parfois par des ombres minérales qui provoquent un frisson dans la nuque. Je repense à une chambre d’hôtel dans laquelle se déplacer relevait du défi et où les odeurs de moquette révulsaient le nez. L’été à Paris ? Non, à moins d’être sûre d’y faire de bonnes rencontres. Ça m’est arrivé. Des mauvaises aussi.

Je me suis demandé ce que j’aurais aimé comme question.

Et qui j’aurais dû être pour qu’on m’interroge de cette façon.

Et combien de temps cela faisait qu’en fin de compte tout le monde se fichait royalement de ce que je pouvais penser.

Ma frénésie à parler parfois prend sa source dans ces silences.

En sortant de la gare dans la rampe d’accès, j’ai croisé un homme. Je l’ai reconnu pour l’avoir rencontré dans un cadre professionnel il y a plus de deux ans à six mille kilomètres de là. Cela avait duré à peine trois jours. Vingt kilos de plus certes mais le même homme. Un élan m’a poussée à forcer son regard et à lui dire qu’on se connaissait. Il a dû me prendre pour une folle. Surtout quand je lui ai dit :

-         Mais oui on se connaît....Vous venez de x n’est-ce pas ?....et on s’est croisés à Y, vous vous souvenez ?

Il m’a souri et m’a répondu qu’en effet, oui..  et que justement, il partait pour l’Ethiopie.

Je me demande vraiment à l’instant s’il m’a reconnue ou s’il a dit cela gentiment pour ne pas me laisser voir qu’il n’en était rien.

Souvent, la soif de briser le silence qui m’entoure est plus forte que le ridicule. Fumer tue. L'existence aussi parfois. Rarement le ridicule . Je m’invente une formule express.

Avant, je parlais de toi et de ce que je voyais tout autour de moi. Avant quoi au fait ?

Dans ces temps de noyades intimes, je cherche un contact éphémère.

J’aurais dû lui demander :

-         Aimez-vous le printemps sur Nantes ?


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Rédigé par Fragon

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Publié le 22 Août 2011

En écho à Bob...

- Et toi t’as fait quoi pendant l’été ?

- Moi, pftt... j’ai pas fait grand-chose mais de toute façon c’est chaque année pareil.. en juin, je rêve de perdre dix ans voire une petite vingtaine d’années et à peine sommes-nous arrivés au 14 juillet voilà que je me retrouve avec l’impression d’en avoir dix de plus....

-Wouai, évidemment vu comme ça, ça ressemble à une énigme à deux euros.. du genre t’as quel âge vu que tu voulais en perdre vingt mais que tu en as gagné dix.

- Gniak... gniak...

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Rédigé par Fragon

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Publié le 14 Mai 2011

C’est un ciel bien bleu comme on les aime. L’été commence. On file au plus vite. On s’évente du mieux que l’on peut. Les chemises froissées collent aux sièges des voitures. L’air est étouffant. Les pieds rougissent dans les chaussures. C’est du feu. La peau est encore fine, translucide, légèrement diaphane. Pas question d’enfiler des sandales pour toute une journée. Ça relèverait de la folie. Cloques et ampoules garanties.

Le ciel est bleu bien qu’il soit près de dix-huit heures.

Le "petit taxi" m’a déposée en début de corniche.

Côté plage publique, c’est noir de monde. Aucune femme. On ne discerne que des hommes. Jeunes, minces et nerveux. Par groupe de dix à douze, ils tapent dans des ballons. Le sable semble sale, compacté, foncé. La mer s’étale plus loin, presque discrète. Elle ne lutte pas contre les aspirants à la gloire. J’arpente le trottoir les yeux avides. Dans la courbe qui tisse un lien étrange entre les deux mondes (plage publique - plages privées), je sursaute. Sur un banc, juste devant la terrasse du Mac Do, une étrange animation. Ce sont quatre gamins entre douze et quatorze ans qui s’acharnent à sniffer de la colle dans leur sac plastique bon marché. Personne ne les regarde, ils sont comme invisibles. 

Un peu plus loin, le S. B., un club présenté comme le « Club des Clubs » et dont le règlement intérieur vaut un coup d’œil. Les transats sont vides. Une personne nage confortablement dans la piscine olympique. Il n'y a personne. 

... j'ai pas de photo (sic), j'ai pensé là maintenant ici que vous n'en auriez pas besoin. Je me trompe ?

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Rédigé par Fragon

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Publié le 18 Avril 2011

Si je ne pouvais faire mieux, peut-être pouvais-je faire autrement. Il était impossible que tant d’agitation ne menât nulle part. Les silences pesants n’équilibraient rien. Ils m’entrainaient là où je ne voulais pas aller. J’ai plongé mon regard par la fenêtre et j’ai inspiré un bon coup. Inspiré, expiré, inspiré, expiré. J’ai senti la peau de mes talons s’enfoncer dans la toile de mes chaussures et je me suis dit que je pouvais tenir encore quelque temps. Il me suffisait d’oublier ce qui m’entourait, il me suffisait d’accrocher le tangible. J’ai nagé au travers du carreau sale. Il y avait les feuilles d’un arbre en fleurs, un bout de ciel bleu et la plate-forme grisâtre où les chats, la nuit venue, hululaient à la lune en toute tranquillité. Moi j’aurais voulu hurler, mais dans la gorge ça restait coincé. L’arbre et ses feuilles s’agitaient, le bleu du ciel s’entêtait et à cette heure-là, les chats longeaient les murs, la queue basse. J’ai bondi dans le vide, les pieds vissés au sol. Ce n’était pas peut-être pas grand-chose, mais mes yeux y trouvaient la sortie salutaire. J’ai aspiré les couleurs au plus profond de mes poumons. Ça s’est dilué en un tableau impressionniste. Du bleuâtre et du verdâtre, un peu de jaune sans contour défini. Le soleil sur toute chose. Ma bouée de survie. Et inspire, et expire. Le regard poisseux  s’est insinué sans que personne ne s’aperçoive de ma disparition momentanée. J’ai flotté, libre, quelques secondes. Le bruit a cessé. La pression au creux du ventre, douloureuse, poignante, lancinante, s’est peu à peu effacée. Inspire et expire. Le sang s’est mis de nouveau à circuler. Plus rien n’a eu d’importance. J’étais moi, ils ne pourraient m’enlever cela et seul le flux animé comptait. Une âme. Vivante et palpitante. J’ai laissé la petite voix pénible pénétrer dans mon silence et me dire que j’avais dépassé le temps réglementaire. Je suis revenue à la réalité, j’ai tourné la tête et reflué dans mon quotidien. Aucune certitude de la cause de ce qui se trouvait devant moi. J’étais loin d’avoir gagné.

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Publié le 2 Janvier 2011

Elle en est arrivée à l’instant même où ses chevilles se dérobent contre sa propre volonté. Obstinées, elles s’entêtent à s’enfoncer dans le sol qui les porte et veulent empêcher son corps d’aller à sa tâche. Son esprit la gourmande et pointe du doigt sa tendance à s’apitoyer sur son sort. La fin de la journée est grise, un peu triste. Elle tourne en rond à se gaver de madeleines rassies, à croquer des bouts de chocolat, à laper du thé brûlant afin de s’étourdir et éloigner les démons du vide. Dix fois, elle vérifie si elle n’a pas oublié un papier important. Elle brasse, déplace, entasse, replace ce qui n’a jamais été rangé ni vraiment dérangé. Elle vire reluquant du coin de l’œil la valise dans laquelle elle voudrait tout empiler , meubles, couvertures et nuages molletonneux de ce très long mois de janvier. L’homme au long cours fait semblant de ne pas savoir ce qui va arriver. Quand sa tête se met à dodeliner, il l’enferme dans ses bras et la secoue comme si elle était une bouée à extirper des remous de la houle. Il fait « tttttt.... » avec la langue pour l’empêcher de parler et la serre de plus belle, à l’en étouffer. C’est sa façon à lui de lui dire qu’il la comprend. Il est si silencieux et les mots lui sont comme autant de choses étrangères. Reconnaissante, elle se laisse faire, profitant de son fortin de fortune. Il lui suffit d’être près de lui pour baisser sa garde. Ses muscles se sont peu à peu détendus, la tension s’est relâchée même si elle n’a pas ouvert un livre et n’a pas fait dix pour cent de ce qu’elle s’était promis de faire. C’est déjà fini. Il va falloir repartir.

Ce matin, par politesse, ils sont allés visiter leurs jeunes voisins. Ils sont installés depuis douze mois, mais avec leurs va-et-vient incessants, ils les ont à peine croisés. Leur maison tout juste rénovée est magnifique. Bien arrangée, décorée avec goût, spacieuse et lumineuse. Moderne. Grise et blanche. Au moins deux fois la taille de la leur. Trois petits enfants en animent les murs. À leur arrivée, le plus jeune s’est caché dans une encoignure de meuble, contrarié d’avoir cabossé sa belle boîte à figurines déposée sous le sapin. Les voisins ont pris une sorte d’année sabbatique et sont bien contents d’être arrivés au bout des travaux. Ils aspirent à reprendre une vie plus stimulante, ce qui va être plutôt difficile dans ce trou de campagne. Ils ne sont pas restés longtemps, en retournant sur ses pas, elle a senti la jalousie l’étreindre. Ils sont ce qu’ils étaient un peu plus de quinze ans auparavant quand l’infante était petite et qu’ils trainaient derrière eux leurs gosses, leurs chiens, leurs chats et leurs amis de passage. Tout alors était à faire. La vieille pomme n’était pas si vieille. Elle savait encore combattre les uns et les autres avec ses mots à l’emporte-pièce et ne se contentait pas d’attendre sa fin. En passant le porche de la maison, elle a lancé un coup d’œil circulaire et elle a vu.

Les enfants supplémentaires qui ne viendront jamais, ceux qui ont traversé leurs vies et qui s’en sont repartis arrachant par leur départ les racines plantées dans leurs cœurs. Le capharnaüm dans lequel ils s’obstinent à vivre, incapables de jeter quoi que ce soit. Les peintures qui ne seront jamais terminées, les meubles qui resteront les mêmes surtout ceux qu’on leur a laissés en héritage alors qu’ils n’en ont aucune utilité. Ne parlons même pas de préférence. Elle a eu comme un coup au cœur. Pourtant quelle qu’en serait l’issue, la promenade avait été déjà sacrément longue pour en certifier la valeur.

Elle a pensé à l’odeur de cerise du thé de Noël, à la grosse armoire de la cuisine pleine de bonbons, de paquets de biscuits et de meringues pour manger avec les framboises, aux quinze jours volés à une vie de travail et elle a su qu’elle avait largement de quoi affronter son nouveau départ.

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Publié le 4 Décembre 2010

coeur de ville

Alors qu’au cœur de la ville le passé agonise, les uns et les autres, une fois les pluies disparues s’empressent de reprendre le cours de leurs occupations. Les pâtisseries vomissent à la chaîne des boites vert amande pleines de gâteaux que l’on ne se donne plus la peine de faire à la maison. La vie insolente reprend son cours. Quelques morts resteront au chaud dans les mémoires de ce début de décembre.  La pluie n’aura paralysé la ville que le temps de plonger les bidonvilles dans une misère un peu plus profonde quelques jours à peine après les coûteux sacrifices qui renouvelaient leurs vœux à un dieu invisible et si énigmatique.

 

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