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Publié le 7 Juillet 2016

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Elle est une parmi des millions. C’est une ombre qui va et vient derrière les fenêtres de la maison d’en face. Au début, je n’y ai pas vraiment fait attention. Mais comme je travaille toujours à la même place, un jour, j’ai senti un regard insistant. Je n’ai pas de rideaux à mes fenêtres. Je me tiens au premier étage, cela ne me dérange pas d’être vue. Il est donc facile de savoir ce que je fais. J’ai levé la tête, derrière la fenêtre de la maison d’en face une enfant m’observait. Je lui ai souri.

En retour, l’enfant m’a fait un signe.

C’est devenu au fil du temps un petit jeu silencieux. J’ai facilement accepté l’échange. Il venait rompre la monotonie de mon travail.

Dans les semaines qui ont suivi, l’enfant a cherché plusieurs fois mon regard et à chaque fois, en réponse, je l’ai saluée Je ne sais pas qui elle est. Une enfant de la famille peut-être. La maison est grande. C’est un gros bloc posé au coin de la rue. On peut presque en faire le tour complet. Je lui ai compté un peu plus d’une vingtaine de fenêtres.

 

Parfois, je ne vois plus l’enfant pendant quelque temps et alors son ombre me manque.

Un matin, c’est un dimanche. Alors que je travaille une fois de plus à mon bureau, je la vois enfin. La petite a exceptionnellement ouvert la fenêtre pour épousseter du linge et puis, un peu plus tard, elle a franchi la porte du jardin et elle est sortie sur le trottoir. Elle porte un petit tablier blanc à volant et une tenue coupée à sa taille, rose- à rayures blanches. D’où je me trouve, je lui donne une dizaine d’années. Je ne peux m’empêcher de sourire. Le balai dépasse sa tête et elle le manie avec application. Je suspends ce que je suis en train de faire et j’observe la scène cherchant l’adulte qui guide l’enfant.

La maison est très souvent fermée. Je ne sais pas vraiment qui en sont les occupants. Cela me paraît soudain beaucoup moins drôle cette enfant qui travaille un dimanche. Ici le travail des enfants est interdit. La loi stipule que même s’ils sont placés, l’employeur doit les scolariser la semaine. Une amende d’un peu moins de 50 euros est prévue en cas d’infraction à la loi. Comme je n’aperçois l’enfant que de temps à autre, je me dis qu’elle doit aller à l’école. Quelques secondes plus tard d’ailleurs, j’aperçois une autre jeune femme qui sort nettoyer le trottoir. Cela doit être sa mère. Je suis rassurée.

A la mi-décembre, la coutume veut qu’on offre des cadeaux aux petits enfants et qu’on fasse péter des pétards un peu partout dans la ville. Comme j’ai envie de faire plaisir à quelqu’un, je me dis que je pourrais acheter quelque chose à la petite sachant que sa mère n’a sûrement pas les moyens de lui offrir ce dont elle pourrait rêver.

Je farfouille un peu en ville et je lui trouve une belle poupée. J’empaquète le tout et je guette. J’attends longtemps, elle ne paraît pas. Je pars en vacances.

A mon retour, je reprends mon poste de travail et je veille. Enfin, de nouveau un dimanche je l’aperçois. Elle est en train de secouer d’énormes couvertures et retape un lit qui me semble un lit de géant à côté d’elle. Elle me découvre qui la fixe et son visage se fend d’un large sourire.

Alors que je m'apprête à lui faire le signe habituel, je la vois qui embrasse sa main et m’envoie un baiser. Tétanisée par l’émotion, je soulève mon paquet et essaie de lui faire comprendre que c’est pour elle. Je continue mes gestes désordonnés lui demandant de descendre.

Inquiète de savoir si elle m’a comprise, je suis des yeux son ombre qui se déplace derrière les vitres. Je dévale les escaliers. L’échange se fait en plein milieu de la rue. Elle ne parle pas un mot de français, je ne parle que quelques mots d’arabe.  Je ne l’embrasse pas, je ne la touche pas. Nous restons suspendues dans le no man’s land. Vite, je lâche un « labess », « chouf » et « cadeau ». Elle se contente de me sourire.

Elle est encore plus petite que son ombre, et paraît n’avoir en fait que six ou sept ans. Ses mains sont recouvertes d’exéma. Son corps est menu. Ses grands yeux lui mangent le visage.

En repartant, je ne peux m’empêcher de me dire que je fais n’importe quoi, qu’on va m’accuser de me mêler de ce qui ne me regarde pas, que ma volonté à vouloir faire plaisir n’est motivée que par mon incommensurable orgueil.

La nuit, je ne dors pas bien.

Un peu plus tard, alors que je stationne ma voiture devant la fenêtre, une très jeune femme que je viens de dépasser s’arrête au moment où elle va entrer dans la villa, me dévisage et me sourit. Cela pourrait être la mère de la petite, mais elle a l’air si jeune. Je me contente de sourire moi aussi. Nouveau baiser collé au creux de la paume de la main et léger envol de  papillon. On me remercie. Je suis remplie de joie, je n’ai donc pas mal agi.

 

Encore un peu plus tard, on m’informe que la femme que je croyais être sa mère n’est qu’une bonne supplémentaire, elle n’a d’ailleurs que dix-neuf ans. L’enfant n’a aucun lien avec elle.

 

Ce matin, alors que j’arrivais, l’enfant est venue et a sonné à la porte. La dame qui travaille chez moi l’a accueillie et a traduit tout ce que nous avions à nous dire.

Elle s’appelle Imène. Elle a neuf ans.

Pendant tout le temps où elle me parle Imène tient sa poupée sur les genoux.

Elle ne rend visite à ses parents qu’aux vacances d’été. Elle a cinq sœurs et trois frères. Elle va dans une école privée. Le soir et le matin elle fait le ménage pour ses patrons. Essentiellement du rangement dans la cuisine et dans les chambres. Si elle est là, c’est parce que une autre de ses sœurs qui a été placée ici avant elle, a tellement pleuré des jours durant qu’elle a été reconduite dans son village.

Imène est très jolie. Elle a de longs cheveux tressés et ce matin, elle est plutôt bien habillée. Pourtant elle ne porte que des sandales en plastique et ses pieds ont l’air transi de froid. Imène chausse du 33.

 

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Rédigé par Fragon

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Publié le 4 Juillet 2013

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C’est un couloir légèrement illuminé par une lumière transversale. L’homme se déplace à l’aide d’un déambulateur. L’infirmière le félicite.

-         -  C’est la première fois qu’on vous voit dans le couloir ! c’est bien, vous êtes courageux.

Elle continue à le complimenter, chaleureuse.

On est à l’heure des soins. Tous s’affairent. Un médecin écoute, d’un air distrait. Deux aides-soignantes opinent de la tête. Les stylos glissés à la lisière des poches lancent des éclats.

L’infirmière relance :

-        -  C’est un ancien légionnaire, c’est pour ça aussi, vous comprenez ! Il en a vécu de drôles..

Le vieillard s’immobilise. A la vitesse à laquelle il se déplace, c’est à peine perceptible mais je vois la main qui quitte la barre de métal et s’agite. C’est un mouvement étrange parce que d’une très faible amplitude. Mon regard ne peut quitter la main usée qui oscille de bas en haut dans une vivacité proche de la révolte silencieuse. Enfin, l’infirmière prend conscience de l’appel absolu. Elle plie son corps et ajuste son oreille au souffle du vieil homme. Je vois sa bouche qui s’ouvre légèrement mais la voix est si faible que seule l’infirmière perçoit ce qui devient une confidence.

Elle se relève, sourit et rectifie.

-          - Ah, non, pas légionnaire ! Policier, c'est policier qu'il était ! 

La voilà qui rit aux éclats. Je me demande si elle est capable de comprendre ce que cela peut représenter pour lui, cette différence de taille.

L’homme tortue reprend sa route et moi j’entre dans la chambre de la vieille pomme.

La vieille pomme se meurt et rien ni personne ne pourra changer le cours des choses.

Mes yeux et mes oreilles ne veulent pas en croire un traitre mot mais c’est ainsi. Le diagnostic est tombé. On la soigne mais on ne la ressuscitera pas. C’est une fin de vie. On l’accompagne.

Il me faut compter nos heures. Depuis deux ans, elle a fait plusieurs séjours à l’hôpital. Je crois que je connais presque tous les services.  Ils ne se valent pas tous. Je m’en suis rendue compte à la façon dont on la traite. C’est pas difficile à voir.

Nous sommes entre le tic et le tac. Bientôt, je ne pourrai plus l’atteindre. Son souffle est court, le cœur grince. Elle rêve les yeux ouverts.  Elle grogne. Je  n’ai pas besoin de tendre l’oreille.

Ça parle du gros René et du robinet d’eau à fermer. Elle s’énerve, s’agite. Elle crie. Ses mâchoires sont agitées de tics nerveux, mécaniques. Elle rêve la bouche et les yeux ouverts, fixes. Je cherche en silence un chemin qui nous permettrait de nous retrouver. Il y a quelques jours encore, elle ouvrait les yeux et arrivait à exprimer sa volonté. Des idées aussi. Un être humain à part presque entière.

-         -  Tu te rends compte, ma pauvre petite ? En deuil, et une robe à carreaux rouge et jaune quand même ! y a pas idée !

Dans son nouveau voyage, elle vitupère encore.

-         -  Non de non !  Mais ce qu’elles sont gourdes !

Je suis allée acheter deux couvertures. Une en mohair, une autre toute douce en polaire. Les deux sont violettes. Iris de la nuit. Je les ai posées sur ses jambes glacées. Les pieds sont abîmés, les orteils contractés et tordus par le temps. Elle sent bon.

De temps en temps, la porte s’ouvre en grand et on vérifie les branchements.

Sa peau, la semaine dernière grise est devenue rosée grâce à l’oxygène qu’on lui a insufflé. J’y passe la main, je m’y promène, je frotte tout ce qui peut encore être frotté. J’essaie d’y imprimer ma propre vie. Chimères entre des murs. Depuis des semaines, je cherchais à échapper à ses mains.  Elle voulait me crocheter et moi je voulais fuir ses ongles acérés, mal coupés, noircis par la saleté. Aujourd’hui je les glisse de force entre les miennes et essaie de la réveiller.

On ne l’habille plus, on ne l’alimente plus. Le cœur tape à plus de 100 pulsations minutes. Elle s’est transformée en coureur de fond. Je sens qu’il me sera impossible cette fois de la rattraper.

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Rédigé par Fragon

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Publié le 17 Juin 2012

 

Aujourd'hui je suis allée voir la vieille pomme. C'était la fête des pères. Je n'avais pas pu y aller pour la fête des mères alors j'ai décidé de me rattraper. J'ai cherché dans le jardin quelques roses à couper. J'ai glissé quatre œufs dans une boite en carton et dans mon sac, quelques photos du dernier-né afin de le lui mettre de force sous le nez. Elle ne l'a pas encore vu car les seules photos qui lui importent sont celles qui te concernent. Les calendriers où ton image apparaît s'accumulent devant le fauteuil auquel elle est désormais condamnée. Les autres n'existent plus. Il n'y a plus que toi.

Lors de ma dernière visite, trois semaines auparavant, je l'avais trouvée plongée dans le noir. Il faisait une chaleur à crever. Nous étions aux premiers beaux jours. Elle était les yeux dans l'eau, comme elle dit. Interdiction que je touche à quoi que ce soit. Elle m'avait concédé une légère remontée du store et m'avait ordonné d'allumer la lumière. Au moment de partir, elle m'avait dit de remettre tout en place comme je l'avais trouvé. J'avais éteint, baissé de nouveau le volet roulant et l'avais abandonnée à sa mortelle attente.

Aujourd'hui, quand je suis arrivée, j'ai tout de suite vu qu'on lui avait coupé les cheveux. Elle ressemblait soudain à une vieille poule. Les cheveux taillés n'importe comment par l'auxiliaire de vie. Ça faisait tout droit derrière la tête. Je n'ai pas fait de remarque particulière. J'ai toujours aimé sa façon de se coiffer, élégante et, malgré les années- les cheveux d'or - grâce à son coiffeur. 

Depuis que la vieille pomme est coincée dans son fauteuil, la maison est devenue propre. Après avoir été horrible de saleté, c'est devenu terrible de propreté. Je ne retrouve plus rien. Les auxiliaires se succèdent tout au long de la semaine, trois fois par jour.  Je ne sais qui a commis le crime d'avoir saccagé ainsi la belle chevelure. On la lève, on la lave, on l'habille et on la dépose à l'aide d'un engin au creux du fauteuil. Parfois, la vieille pomme se laisse glisser à terre, et il lui faut attendre le prochain passage pour qu'on la remette en place. Malgré son âge, elle pèse encore son poids. Quoi qu'il en soit depuis que j'ai réussi à la faire sortir de l'hôpital où elle était en train de crever, elle a repris du rose au joue, et un petit coup de fourchette.

Aujourd'hui, c'était très gai. Une grande enveloppe craft était déposée sur la table de la salle à manger. Elle m'a demandé de l'ouvrir et j'ai fait la lecture. C'était une cousine qui racontait les origines de la famille après avoir cherché pendant de longs mois à en retracer l'histoire. C'est très amusant parce que le jour de l'enterrement, c'est avec elle que j'avais fait la plus belle bourde de la journée. Je lui avais fait part d'une drôle d'histoire. Cela évoquait une enfant née hors mariage et qui avait été élevée par ses grands parents dans le plus grand secret. Afin que le voisinage ne sache rien, on prétendait qu'on l'avait maintenue la plupart du temps au premier étage d'une demeure familiale plutôt bourgeoise. A ma question de savoir si elle avait déjà entendu parler de cette affaire qui m'avait été rapportée un jour par la vieille pomme, je m'étais entenu répondre que c'était vraiment n'importe quoi et qu'il ne fallait pas toujours écouter ce qu'on me racontait.

En fait, je sus ce jour-là un peu après qu'il s'agissait tout simplement de son histoire.

Bref quelques mois plus tard, je tenais entre les mains un long texte qui rapportait l'histoire de ton grand-père et celle de ton père ainsi que celle de tous ceux qui les avaient précédés. J'ai donc choisi la partie qui nous concernait elle et moi et j'ai commencé ma lecture.

En quelques lignes, un tas d'images sonores et visuelles me sont passées rapidement sous les yeux. La Bretagne, la Normandie, les douanes, le Liban, le Congo, les deux guerres...Comme il y avait des paroles rapportées, les voix des morts ont resurgi. La vieille pomme tout à sa joie me regardait comme si j'étais une porte ouverte vers le passé. Avant de partir, j'ai coupé les branches dévorantes de l'actinidia, j'ai volontairement laissé les portes fenêtres ouvertes sur le jardin et la lumière est entrée.

Tu vois, c'est toujours dans la voiture que cela vient. Mon impatience à m'agiter est bloquée par la concentration que demande la conduite. Les idées surgissent, toujours par association. Alors je jette un coup d’œil à l'aiguille du cadran et je me laisse envahir. Parfois je lutte, parfois pas. Une fois que le flou se dissipe, je me rends compte que c'est toujours à toi que je pense. A toi, à nous. Plus le temps passe et plus ce que je croyais m'appartenir m'échappe. Les souvenirs cessent d'être clairement visibles. Ils disparaissent un peu plus chaque jour et tout en restant concentrée sur la route, je m'efforce à faire remonter ce qui peut encore être sauvé.

Tout a changé autour de nous. Les rues ne sont plus celles de notre rencontre. Le maire saccage sa ville à grands renforts de modernité. Les voitures ne savent plus se déplacer le long du front de mer. Les sens interdits fleurissent à des endroits improbables. Je tourne en rond. Toutes les places sont payantes y compris les dimanches et jours fériés. Quand je passe devant l'école communale, un squelette suspendu devant la fenêtre s'endort pour l'été. L'école, elle, semble identique. Elle n'est pas une priorité. Le musée du coquillage non plus. Sa façade barbouille le ciel d'un infâme bloc de pierre jaune. Tu me manques ou celui que tu as été me manque. Je me sens vieille et moche. Je pense à ce que nous avons été. Nos corps lisses. Nos mains ardentes. Nos nuits agitées. Je regarde parfois les photos mais je ne suis même pas sûre de t'avoir connu ainsi. Je fais le décompte des années. Je cherche les émotions, les sensations, la brûlure au creux du ventre. Il ne me reste plus rien. Tout s'en va avec le temps qui passe. D'autres l'ont dit avant moi. Je ne crois pas en savoir beaucoup plus que quand je t'ai connu. En fait je ne sais rien ou presque. Rien sur ta jeunesse, encore moins sur ta vie d'adulte avant moi. Je roule et les idées s'échappent par la fenêtre entrouverte. Il y a quelque temps encore, je pouvais retrouver un parfum, une odeur de peau. Je pouvais faire naître l'image de ton corps parfait. Ce n'est plus possible. Je me demande comment font les autres pour rester fidèle et accepter la dissolution de ce que l'on a aimé. A quel moment cela commence. A quel moment passe-t-on de l'autre côté ?

 

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Rédigé par Fragon

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Publié le 26 Novembre 2011

La vieille pomme se traine jusqu’aux toilettes. Ses orteils agrippés au fond des chaussons. Ses talons tanguent. La canne ne suffit plus. Il lui faut un bras. J’ai le temps de passer dans deux pièces et de revenir, elle n’a toujours pas atteint la porte.

Ce soir, la vieille pomme est encore plus vieille que d’habitude. Elle sait qu’on se moque d’elle. Ivres de notre chagrin et des verres trop pleins qui sont venus combler le vide, nous nous tordons tout en essuyant la vaisselle. La vieille pomme, ça lui en fait deux maintenant. Deux fils trop tôt partis en plus de son homme. Jamais deux sans trois. On n’est pas très certains qu’elle ait bien compris. Elle tourne en boucle depuis hier matin.

19 h 20 – On est quel jour ?

Samedi.

19 H 21 – C’est quand la cérémonie ?

Mardi.

19 h 23 – On part quand ?

Lundi soir.

19 h 24 – On dort où ?

A l’hôtel, on a trouvé des chambres.

19 h 25 – Mais moi je peux très bien monter les étages.

Non, vous ne pouvez pas. On a trouvé une chambre au rez-de-chaussée, ne vous inquiétez pas.

19 H 26 – On est quel jour ?

Mardi. Heu.. non, samedi.

19 h 27 – On part quand ? il faut que je m’habille ? Qu’est-ce qu’il a dit ? Hein ?

Rien, il n'a rien dit . Mais non, on part lundi soir.

19 h 28 - Je veux appeler la fleuriste.

Oui, bien sûr, attendez un instant, je termine.

Elle prend la télécommande de la télé.

Comment elle s’appelle votre fleuriste ?

19 h 29 – Je sais pas, c’est celle sur la place, j’ai l’habitude. Il suffit que je leur dise au téléphone, ils me la passent.

Je vais voir ce que je peux faire. Un instant.

Je lui passe le combiné après avoir composé le numéro.

19 h 30 – Allo ? vous êtes la fleuriste. C’est moi, Madame "Lys", vous savez.. mon fils est mort, je veux des fleurs. Vous n’auriez pas quelque chose avec du rouge ? Vous savez, vous comprenez, c’est moi qui offre toujours des lys ...


19 h 37 – J'arrive pas à raccrocher. J'ai bien raccroché ? On dort où ?

Pas loin de F. -  on a trouvé un hôtel, ne vous inquiétez pas.

19 h 38 – On est quel jour ?

On est samedi, demain, c’est dimanche.

19 h 39 – On dort où ? On part maintenant ? Il faut que je m’habille ?

Hurlements de rire devant l’évier. On détourne nos têtes et on tente de cacher nos visages en larmes.

19 h 40 – Vous vous foutez de moi. C’est pas drôle.  Je peux avoir encore un sucre ?

On lui donne un sucre.

19 h 42 – Je peux en avoir un autre ? Juste une corne.

Va pour la corne.

19 h 44 – J’ai parlé à J. ?  Je l’ai eue au téléphone ?

Oui. Pourquoi ?

19 h 45 – Qu’est-ce que je lui ai dit ?

Ben, vous savez, on n’écoute pas vraiment vos conversations...

19 h 46 – Ben, j’ai quand même bien dû vous faire un compte-rendu.

Ben non, pas particulièrement.

19 h 47 – T’y penseras un jour ? Tu bourlingueras mon lit ? C’est pas bien mis.

.............

 

19 h 48 – Je veux une noisette.

Tenez.

19 h 49 – Deux, j’en veux deux. On n’en donne jamais qu’une.

................

19 h 50 – Hum...

19 h 51 – Tu m’en donnes une autre ?

19 h 52 – J’en ai pas déjà pris un de Xanax ?

Si. Attendez.

19 h 53 -Tu crois que ça serait un malaise inopportun que je parle à B. ce soir ?

Pourquoi vous ne lui avez pas déjà parlé ?

19 h 54 – Si, je crois. Tu sais, ma petite. Plus les jours passent et plus je suis malheureuse. Comment l’expliquer ?

 

 

Etc....

 

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Rédigé par Fragon

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